Merci de nous regarder. J'enregistre cette introduction un jour avant l'élection américaine, donc je n'ai aucune idée de ce qui va se passer là-bas, mais j'espère que nous traverserons tous ce chaos et que la vie continuera. Mais cet épisode est purement axé sur la bienveillance et la lumière. Ça n'a rien à voir avec la politique, bien sûr, et j'espère que vous apprécierez. Ferdie van Shelven, Ferdinand van Shelven, vient des Pays-Bas. Jusqu'à très récemment, il vivait en plaine. Et c'est incroyable de le voir concourir à l'X-House. Il y a participé quatre fois. La première était en 2011.
Il n'a jamais fini moins bien que septième. Il m'a devancé de justesse, m'a battu, et ça m'a juste fait entrer dans la dernière journée de la course de 2015. Et puis, il n'a pas participé la dernière fois, lors de la course de 2019. Il traînait avec Tom de Dorlodot et quelques autres amis et voulait juste voir ce que ça faisait de rester sur la touche. Mais il n'a pas participé la dernière fois en 2019. Alors il a décidé qu'il ne pouvait pas recommencer. Et il est de retour pour sa cinquième participation dans celle de 2021. Cet épisode porte donc surtout sur la X-House, mais aussi sur la façon dont il a pu réaliser des manœuvres aussi extraordinaires et s'en sortir si bien en venant des plaines. Vous voyez, il a grandi aux Pays-Bas et il vit maintenant à Sion et fait de la neige à Verbier, dans les montagnes suisses.
Il est donc bien mieux positionné pour s'entraîner et voler en montagne. Je suis donc sûr qu'il sera une arme encore plus tranchante pour cette édition. Mais il reste toujours un favori du public qui prend des lignes incroyables avec une attitude géniale. Ses supporters, sa femme et Cole, ils viennent juste d'avoir un petit bébé. Il a maintenant un enfant de cinq mois à la maison. On a donc beaucoup parlé du risque et de la façon dont cela a changé son approche, et oui, de tout ce qu'il aime dans le X-House. Alors que nous plongeons dans la 10e édition du X-House, j'ai pensé que ce serait sympa de les avoir dans l'émission. Je me suis beaucoup amusé avec celui-ci. C'était toujours un plaisir de s'asseoir et de discuter avec 30. J'adore ce gars.
On a pu s'entraîner ensemble pas mal de fois avant la course de 2017 et c'est un mec génial. Alors, profite bien.
C'est vraiment cool de t'avoir sur l'émission, mec. J'apprécie ta patience et le fait que tu aies mis tout ça en place. Et je ne savais pas que tu vivais à Sion maintenant. Tu es résident suisse. C'est comment de vivre dans le Valais ?
Ouais, ça change. Ça a beaucoup changé par rapport à la Belgique où j'habitais avant. Genre, ouais, c'est génial d'être à la montagne et de pouvoir s'entraîner, voler et faire tout ce qu'on peut faire en montagne. Et c'est, ouais, c'est un grand changement et c'est, ouais, j'aime ça.
Je vois que vous travaillez sur les canons à neige, sur la production de neige. Est-ce quelque chose que vous avez appris en Suisse ou est-ce que c'est quelque chose que vous avez apporté de Belgique, des Pays-Bas et de cette région ?
Ouais, bien sûr. En Belgique, on ne cherche pas vraiment à produire de la neige et tout ça.
Ils fabriquent des patinoires, je suppose.
Ouais, ouais. Enfin, il y a quelques toutes petites pistes de ski, mais quand j'étais gamin, j'étais vraiment fasciné par la neige. Du coup, quand j'étais plus jeune, j'essayais de fabriquer tous ces canons à neige dans mon jardin, pour essayer de faire de la neige dans le jardin. Et puis vers, je ne sais pas, quand j'avais 18 ans ou quelque chose comme ça, je suis allé en France et j'ai travaillé une saison dans une station de ski. J'ai vraiment aimé, mais après j'ai dû travailler. Enfin, je n'étais pas obligé, mais ma famille... Ma famille avait une entreprise en Belgique et des gens sont partis, et alors ils avaient besoin, enfin, ils n'avaient pas besoin de moi, mais j'avais l'impression d'être nécessaire. Et j'ai alors décidé de retourner en Belgique et de travailler pour eux pendant quelques années.
Et quand je suis revenu en Suisse, je me suis dit : « Ouais, c'est peut-être un bon boulot. On est toujours dehors. » Et je me suis dit : « Pourquoi pas essayer ? » Du coup, maintenant, je suis, comment dire ? Le... comment on appelle ça ? Le chef du gars qui gère le canon à neige. Donc le manager, le manager. Ouais. Ouais. Alors, c'est sympa après trois ans. C'est plutôt cool. Ouais.
Je sais que, historiquement, tu fais du parapente et du vol depuis 25 ans ou quelque chose comme ça, c'est bien ça ? Tu fais ça depuis longtemps, mais tu t'es lancé quand tu étais vraiment jeune, n'est-ce pas ?
Ouais. Quand j'étais... Ouais. C'est ça. Vers 10 ans, je pense 10 ou 12 ans. Ouais. Euh, mon père, euh, était, enfin, il a commencé le parapente parce qu'il en avait toujours rêvé. Et puis ils avaient cette entreprise de sports de plein air et ils faisaient genre, euh, ouais, des stages pour débutants en parapente juste pour se faire une idée de ce que c'était. Et puis, euh, j'ai toujours demandé si je pouvais y aller, et, hum. Ouais. Ouais. Et puis, euh, je faisais, tu sais, juste voler sur la, sur la partie plate. Et mon père espérait que je ne m'éloignerais pas trop. Et puis, et puis quand j'avais 12 ans environ, je pense que j'ai vraiment commencé à, hum, voler dans, euh, les Alpes et puis, ensuite, en Belgique depuis de petites collines et tout ça.
Ouais.
Ouais. Comment as-tu acquis l'expérience de la montagne que tu as apportée dans ton premier X-Alps ? Et, en 2011, à ce stade, étais-tu un pilote de montagne assez expérimenté ou est-ce que tu improvisais un peu ?
Ouais. C'est vraiment bizarre. Quand on vit à la montagne maintenant, on se demande : comment j'ai fait ? Comment j'ai pu le faire ? Tu vois, avec tous ces vents de dingue, les vents de pente et tout ça. Quand tu habites en Belgique, tu en entends parler, mais tu ne comprends pas vraiment comment ça fonctionne. Et quand on vit ici, les gens en parlent tout le temps. Ouais. Et ils sont toujours occupés par ça. Et quand j'allais dans les Alpes, je regardais juste une météo standard, je voyais s'il y avait du vent ou quelque chose comme ça, et si ça avait l'air correct, je partais sans rien vérifier de plus. Et d'habitude, ça marchait plutôt bien.
Je veux dire, parfois on se fait des idées de dingue sur le vent de foehn et tout ça. Et bien sûr, à un certain moment, ça peut être assez délicat et dangereux, mais je me souviens qu'une fois pendant un X-Alps, il y avait pas mal de foehn du nord, mais j'ai volé à 50 km/h. C'était un peu turbulent, mais j'étais côté sous le vent de la montagne, et puis en sortant de la vallée vers le lac de Côme, je crois que d'un coup, il y a eu ce vent qui descendait de San Morito.
Et là, tout d'un coup, je me suis tourné plus vers la droite, j'ai traversé la vallée et soudain, je volais en arrière et je me suis dit : « Mais qu'est-ce qui se passe ? » Et en regardant en bas, j'ai vu les champs de maïs qui bougeaient, ils étaient presque à plat, vous voyez, parce qu'il y avait tellement de vent en bas. Genre, « oh merde ». Alors je me suis retourné et j'ai repris un peu de chemin dans la vallée d'où je venais parce que je me suis dit : « Ouais, bon, là c'était nickel. Donc ça devrait aller. » Et puis, à la fin, j'ai atterri en volant un peu en arrière, mais c'était encore gérable. Et là, des pilotes locaux d'Italie sont arrivés et m'ont dit : « T'es dingue ? Pourquoi tu voles dans ces conditions ? Il y a 80 kilomètres par heure de vent dans cette vallée. » Et, euh, ouais, mais c'était juste parce que je ne savais pas, en fait, mais j'ai quand même fait 50 kilomètres.
Alors, et, et j'ai atterri.
Ouais. C'est une victoire pour le X-Alps. C'est une bonne journée.
Je sais. Et c'était drôle parce que Toma, il volait aussi, euh, aussi depuis la Belgique. Il ne savait pas vraiment non plus. Et puis, il volait de l'autre côté, genre du côté nord. Et, en fait, ce jour-là, on a pas mal volé et puis, un peu plus tard, on s'est retrouvés et on a gagné pas mal de places parce que tous les autres gars n'ont pas volé parce que c'était, oui, correct. Et tu n'étais pas... Je n'étais pas censé voler, mais en fait, c'était correct. Alors oui, parfois ça peut aider. Et parfois, c'est aussi sympa de ne pas tout savoir et juste ressentir ou regarder le ciel, et, et, et faire tout ce que tu penses être bien ou quelque chose comme ça.
Je pense.
Ouais. Et c'est, je veux dire, c'est définitivement des choses dont je veux vraiment te parler, probablement juste un peu plus tard. Parce que, tu sembles avoir un très bon instinct. Je ne sais pas si tu dirais que c'est une sorte de "flow", comme entrer dans une zone de flow, mais tu as, tu sais, clairement un vrai don pour le pilotage, mais aussi pour cette course. Tu sais, ta première course était en 2011. Tu as participé quatre fois. Celle-ci sera la cinquième. Tu as été dans le top sept à chaque course, sauf quand tu m'as doublé discrètement lors de la course de 2015, ce que je ne te pardonnerai jamais. Ouais. Ouais. Tu as fait une super manœuvre contre moi l'avant-dernière journée. Et en fait, je ne sais pas si on en a déjà parlé, mais j'étais assis sous ce télésiège, en train de réfléchir au fait que je venais de frôler la mort, je m'étais coincé dans des turbulences vraiment violentes et je ne m'en étais même pas rendu compte.
J'étais dans le Lee et, euh, le dernier rapport que j'avais reçu disait que toi et Nick étiez cloués au sol et que tu étais loin derrière moi, donc je n'avais pas vraiment à m'inquiéter pour toi. Et puis mon équipe n'avait pas d'internet. Et tout le secteur de Vars, et peu importe la ville juste au sud là-bas. Et, euh, tu avais traversé la vallée, tu as fait un mouvement assez audacieux pour traverser la vallée vers le meilleur côté, le côté exposé à l'ouest, et tu as juste survolé ma tête. Donc, je n'étais au courant de rien. J'étais juste assis par terre. Et quand je l'ai appris, j'étais tellement furieux, je me suis juste dit : « Oh, il faut que je le rattrape. Il faut que je le rattrape. » Alors, j'ai fait un super vol ce soir-là. Et puis j'ai couru toute la nuit pour essayer de te rattraper. Je m'imaginais que je pouvais le faire. Mais tu es aussi très rapide au sol et je ne t'ai même jamais approché.
Je me rappelle qu'ils me l'avaient déjà dit à ce moment-là, mais, euh, oui, mais c'est aussi, je veux dire, je me demande toujours pourquoi je finis si bien, parce que, euh, bien sûr, je m'entraîne un peu et, et, et tout ça, mais, euh, c'est toujours une question de décisions, vous voyez ? Et comme ce jour-là, je pensais voler du même côté que vous, je volais sur ces faces Est. Et puis tout à coup. Et je me suis dit, oui, enfin, vous savez, et il y avait ce vent qui venait de l'ouest. Et puis il y a ces avions qui volent sur ces faces Ouest là. Et puis je me suis dit à un certain stade, euh, enfin, et c'était, je ne sais pas, vers une heure ou quelque chose comme ça, que j'avais fait certaines étapes qui traverseraient vers les faces Ouest. Et aussi à cause de cette vallée.
Et quand j'ai basculé sur la face ouest, il y avait un vent de dingue. Et de ce côté-là, il y avait genre un... Je me suis retrouvé coincé là et je n'arrivais pas à tourner le coin d'une montagne parce que le vent allait, enfin, pas vraiment dans la bonne direction. Alors j'ai marché, je ne sais pas, peut-être 500 mètres pour passer une crête. Et une fois de l'autre côté, il y avait un vent de dingue. Je me suis dit que si je n'étais pas en compétition, je ne me serais pas lancé. Mais après je me suis dit, bon, tout le monde a vu cette vidéo de Chrigel où il décolle et puis... Ouais, ouais, ouais, il se fait projeter en l'air. Et je me suis dit que ça allait probablement se passer de la même manière. Et qu'après, ça irait. Alors j'ai essayé et, ouais, c'était un peu pareil.
Genre, je me suis envolé là-bas et je suis monté, je pense, à 1500 mètres sans, ouais, faire un seul virage ou reculer ou avancer. Et puis, je suis monté comme ça à 1500 mètres et tout d'un coup, il y avait moins de vent au sommet. Et là, j'ai pu, ouais, j'ai recommencé à voler vers l'avant. Donc ouais, en fait, c'était assez facile. Mais un peu flippant en même temps. Et j'ai eu la même chose. Donc d'abord, tu as cette vallée qui vient de Brianson et après il y a cette autre vallée qui vient de la rivière. Et là, j'ai eu exactement la même chose. Genre, je volais, j'étais super haut. Je ne sais pas quel était le plafond ce jour-là, mais je pense 4 000 mètres ou quelque chose comme ça.
Et là, je me suis retrouvé dans leLee de cette montagne devant moi. J'étais en pleine charge. Je poussais et je pense qu'il ne me restait qu'un seul K à faire, et je ne sais pas, peut-être mille mètres au-dessus de cette montagne. Et là, je suis descendu à moins 10 mètres par seconde jusqu'à ce que je survole enfin ce truc, mais peut-être à deux ou trois cents mètres au-dessus. Je me suis dit que si je n'y arrivais pas, je finirais dans l'une de ces vallées de dingue là-derrière. Et je ne voulais vraiment pas. Alors je poussais, je poussais, je poussais. Et là, j'ai chopé le vent. Je volais à nouveau devant la montagne. Et puis pareil, je suis remonté, 1500 mètres tout droit vers le haut. Et après, c'était reparti. Et là, je volais vers, ouais, Calderfax et tout le reste.
Et là, c'était un peu mieux, mais c'était un vol de dingue. Et puis je me souviens qu'à la fin, avec tout ce vent, il y avait cette vallée qui allait vers la mer. Et je me suis dit qu'il y aurait probablement autant de vent que dans cette vallée. Donc je ne voulais pas atterrir au fond.
La vallée d'Isola. Ouais, ça, c'était pendant l'entraînement cette nuit-là quand je t'ai suivi, c'était très calme, mais purée. En entraînement là-bas, j'ai eu des journées terrifiantes. Ce canyon canalise tout ce vent de la Méditerranée. Il y a vraiment beaucoup de vent.
C'est ce que je pensais. Ouais. Mais mes supporters étaient bien en arrière parce qu'on a tellement volé ce jour-là. Je ne pouvais donc pas leur demander s'il y avait du vent dans la vallée. Du coup, j'ai atterri de façon vraiment stupide dans l'une de ces vallées latérales au lieu d'atterrir de l'autre côté. J'ai atterri au sommet d'une montagne ou quelque chose comme ça, mais je me suis dit : d'accord, bon, je suis assez proche de la fin. Je vais juste atterrir quelque part dans la vallée latérale et puis je marcherai toute la nuit et je serai à Monaco demain. Mais quand j'ai marché vers la vallée principale, il n'y avait plus aucun vent. J'aurais pu voler peut-être 20 km de plus. Je ne sais pas, si j'étais allé tout droit, mais j'ai juste atterri dans l'une des vallées latérales pour me protéger. Et j'avais déjà été tellement effrayé par tout ce vent dans ces vallées.
Alors j'étais juste en train de marcher et il y en avait deux qui me suivaient toute la nuit. Et ouais, c'était plutôt marrant. Et puis je me rappelle avoir somnolé en marchant vers le début de la journée. Genre quand la lumière est montée, je m'endormais vraiment en marchant. Et Nicole, ma femme, me disait : « Je ne sais pas comment tu fais. Moi, je m'endors tout le temps. Et toi, tu peux juste continuer à marcher. »
Tu sais qu'à un moment donné cette nuit-là, vers cinq heures du matin, je suis venu vers toi sur le bord de la route et j'ai commencé à te parler. J'étais en pleine hallucination. Je veux dire, tu étais encore à 12 km devant moi ou quelque chose comme ça, mais j'étais complètement endormi. Je marchais comme un mort. C'était comme si j'étais un mort-vivant. Et j'ai un peu ouvert les yeux. Ou peut-être qu'ils étaient déjà ouverts, je ne sais pas, mais tu étais assis sur ce pont. Je suis arrivé et je me suis dit : Ferdie, tu veux entrer ? Et moi, je... tu n'existais pas.
J'étais en pleine hallucination à ce moment-là. J'étais complètement déconnecté.
En fait, je t'ai vu et je t'ai dit, repose-toi un peu, mec. Et puis je me suis retrouvé bloqué devant toi.
Oh, c'était dingue. J'ai vraiment fait une grosse crise de nerfs. Le lendemain, on a eu des infos d'un pote en Australie qui disait : « Hé, quelqu'un a déjà survolé cette petite colline, tu sais, et peut-être que tu pourrais... » À ce stade, tu étais presque sur Pay. Mais, tu sais, peut-être que tu pourrais monter là-dessus et te faufiler dedans. Et j'étais tellement épuisé. Et on a grimpé. Et, tu sais, il faisait genre 40 degrés ce jour-là. C'était de la torture. Je déteste Monaco. Et je suis monté sur ce truc, ça a pris genre trois heures pour... ce n'était pas une ascension énorme, mais j'étais complètement vidé à ce moment-là. Mes pieds étaient en lambeaux. Et je suis arrivé sur ce site de décollage et il y avait un peu de vent venant de la mer.
La brise marine commençait juste à se faire sentir. Mais on pouvait voir qu'il suffisait de, enfin, vous savez, l'espace aérien est super restreint là-bas, mais on pouvait voir qu'il suffisait de faire demi-tour, comme s'éloigner de Pay et suivre le relief en arrière. C'était une sorte de montagne en U. Et ça m'aurait amené sur la crête et vers Pay. Et puis, vous savez, il y avait des nuages et c'était super évident ce qu'il fallait faire, mais j'aurais dû m'éloigner de Pay pour le faire. Et je n'arrivais pas à me forcer, je n'y arrivais tout simplement pas. Je me suis dit : « C'est pas possible ». Alors, à la place, j'ai fait la connerie : j'ai juste foncé face au vent vers l'océan et j'ai volé. Je pense que j'ai volé genre cinq kilomètres, vous voyez ? Donc, j'ai gravi cette énorme montagne pour rien, puis j'ai volé cinq kilomètres et j'ai atterri dans une sorte de rivière-égout. C'était vraiment, vraiment énorme. C'était vraiment sale et vraiment crado.
Et, et, et puis j'ai réalisé, tu sais, quand je l'ai regardé sur mon téléphone, j'avais encore, tu sais, d'après le tracking Red Bull, c'était genre trois kilomètres, mais j'ai dû marcher genre 14 kilomètres, peu importe la distance, tu vois, parce que c'est cette route venteuse et des tonnes de dénivelé positif. J'ai dû monter super haut. Et quand j'ai vu ça, j'ai juste pensé dans ma tête : je ne peux pas, c'est pas possible. Je ne peux juste pas le faire. Alors Bruce s'est arrêté et j'ai juste dit : Bruce, je, je n'y arriverai pas. Et il a dit : « Oh, alors qu'est-ce que tu vas foutre ? Tu vas, tu vas abandonner l'X-Alps à 14 kilomètres du but ? » Et il m'a, il m'a pratiquement mis à la porte de la voiture. Il a dit : « Allez, bouge, espèce de lâche. » Mais c'est, c'est dingue. L'état mental dans lequel cette, cette course te plonge, c'est vraiment quelque chose d'autre.
Ouais, non, sans aucun doute. Mais c'est vrai que cette dernière partie, ouais, c'est terrible. Avec toutes ces routes sinueuses et rien ne va tout droit, ouais, rien ne va droit. Et puis il y a tous ces buissons épineux partout, ce qui est vraiment, ouais, c'est horrible.
Ouais. On s'est fait démolir sur ce passage. Il y a un endroit où tout le monde est allé, mais je ne sais pas si on a perdu le sentier ou si c'est juste comme ça, mais Ben s'est fait massacrer. C'était, enfin, il se contentait de saisir ces lianes et de les arracher sur son passage. C'est de la torture là-bas. Bon, c'était comment de rester à l'écart en 2019 ? Ouais. Tu étais avec Tom ce premier jour. J'ai pu discuter un peu avec toi dans la voiture alors qu'il pleuvait et qu'on marchait tous à ce moment-là.
Mais bon, l'une des raisons pour lesquelles je me suis réinscrit cette année, c'est que je me suis dit : "Mon Dieu, ça va être une torture à regarder." Est-ce que c'était dur ou est-ce que c'était plutôt sympa de faire une pause ?
Non, en fait c'était plutôt, ouais, c'était sympa de voir ça sous un autre angle parce que quand tu es dedans, enfin, bien sûr que je vois toujours ça comme un, comme un, comme un, comme un, comme un truc énorme. Genre, c'est un, c'est un gros truc de faire cette course, mais quand tu es dedans, genre ça ne compte pas. Enfin, quand tu, quand ton réveil sonne à trois heures du matin ou quoi, tu te dis, merde, on y est encore. Mais ensuite tu te réveilles et tu commences à marcher ou tu essaies au début et puis après quelques pas, tes muscles, comment tu dis, genre se détendent un peu et puis, et puis tout à coup tu marches à nouveau et la journée commence et puis jusqu'à 11 heures et puis ouais, tu vas te rendormir et, et puis tu continues comme ça pendant deux semaines et puis tu es, si tu as de la chance à Monaco, mais genre quand tu le vois de, de quand tu peux prendre du repos, tu sais, quand tu n'es pas dans la course, genre, euh, ouais, tu grimpes une montagne et puis tu fais un peu de vol et puis tu te dis, ouais, bon, c'est bon pour aujourd'hui, tu sais, j'en ai fait assez.
Et puis, j'étais avec Toma et il m'a dit : « Bon, viens avec moi. On va encore monter cette montagne et on s'envolera de là. » OK, d'accord. Et puis tu en fais une de plus et tu te dis déjà à six heures que pour moi, c'est bon, j'en ai assez, tu vois, alors qu'eux doivent encore marcher.
Alors, j'imagine que vous avez ressenti beaucoup de sympathie.
Ouais. On se dit vraiment : « Waouh, c'est juste dingue », mais on est tellement dans l'adrénaline de la course qu'on ne remarque pas vraiment la performance qu'on réalise. C'est, euh, c'est fou quand on le voit. De l'extérieur, on se dit vraiment : « Euh, c'est dingue ce que vous faites ». En fait, on ne le remarque pas, enfin, je ne le remarque pas quand je suis en course de toute façon. Ouais. On le voit vraiment de, de, de l'extérieur comme ça, c'est vraiment quelque chose de spécial. C'est assez incroyable.
Tu l'as regretté ?
Euh, ouais. Eh bien, bien sûr, à un moment donné, je faisais des vols et parfois, j'ai fait des trucs stupides. Vous savez, même quand je ne faisais que suivre la course, je me disais : heureusement que je ne suis pas dans la course maintenant, sinon j'aurais été dégoûté ou je ne sais quoi. Mais, euh, non, ouais, bien sûr que ça m'a manqué, mais c'est différent, vous savez, quand on n'est pas vraiment dans la course, on prend d'autres décisions et ouais, c'est juste pas pareil. Et bien sûr, ouais, ça m'a manqué. Sinon, je ne l'aurais pas refait cette année. Mais ouais, vous savez, cette sensation, à chaque fois que vous finissez cette course, vous vous dites : je ne le referai plus jamais.
Et après un certain temps, tu te dis : « Oh, je ne le refais plus ». Et puis, un an plus tard, tu te dis soudainement : « Ouais, c'était plutôt sympa. On le refait ». C'est quoi le plus dur ?
le truc le plus dur pour toi quand il s'agit de la course ? Euh, si tu prends l'ensemble, l'entraînement du tout début jusqu'à la toute fin, c'est quoi la partie la plus difficile ?
Je pense que c'est la semaine précédant la course.
Juste l'anticipation ou le stress ?
Non, parce que ça prend tellement de temps. Oh mon Dieu. Ouais. Putain, c'est horrible. C'est dingue. Côté cascade et tout le reste. Non, je ne sais pas, mais c'est aussi plutôt sympa. Enfin, c'est cool, tu sais, tous les gars de la X-Alps, presque tous sont compétitifs, mais aussi vraiment sympas entre eux. Donc ils, ouais, comme on discute maintenant, c'est, euh, c'est comme ça avec chaque pilote et c'est un bon point de la course, mais ouais, il n'y a pas vraiment de truc que je déteste. La seule chose, quand j'ai fini la course et que j'ai vraiment, enfin, ma pire expérience était en 2011 là-bas. J'étais vraiment, on a tellement marché pendant cette course et je pense que j'étais encore jeune et que je poussais mon corps à, à faire tout ce que mon corps pouvait faire.
Genre, mon esprit n'arrêtait pas de me dire : « OK, continue, continue. » Mais après, il m'a fallu genre six mois, je crois, pour, ouais, pour récupérer, ou comment on dit ça ?
Ouais, récupérer.
Récupérer, ouais. Ça m'a pris tellement de temps que je me suis dit, mec, ça ne peut pas être bon pour toi, tu vois ? Mais j'ai perdu, je ne sais pas, je pense 10, 10 kilos pendant cette course. Waouh. Ouais, c'est comme si je n'avais pas bien mangé ou que je n'étais pas vraiment préparé pour tout, mais c'était dingue. Je pense qu'on a eu trois jours de randonnée pendant la course, enfin, genre un jour de plus de 100 kilomètres. Et sur deux jours, environ 95 ou quelque chose, je pense que j'ai marché 850 kilomètres, ça... Oh. C'était incroyable, ouais.
Est-ce que tu en as, historiquement, est-ce que tu as des problèmes de pieds ?
Des problèmes de pieds ?
Ouais, genre des ampoules ?
Non, pas vraiment, non. Genre, enfin, la dernière course que j'ai faite en 2017, parce qu'il faisait tellement chaud en Italie, je me suis dit : « Oh, je vais mourir ». Mais bon, ouais, j'ai eu des problèmes là-bas. J'ai eu des trucs au tibia. Je ne sais pas. Oh,
Ouais. Des périostites.
Ouais. Genre, j'étais vraiment infecté. Et, et puis l'un de mes piments était aussi vraiment mauvais à
à la fin. Aïe.
Mais je pense que c'était juste à cause de la chaleur.
Mais pour l'essentiel, ça va. C'est seulement pendant l'hiver, quand je commence le ski de randonnée, que j'ai toujours des ampoules sur les talons. Et je me dis : « Oh, je vais mourir ». Mais une fois qu'elles sont parties, ça va. Mais non, d'habitude, je gère plutôt bien les ampoules. Ouais.
Comment ton approche a-t-elle changé entre 2011 et la course de 2021 ? Je veux dire, évidemment, tu as toute l'expérience, mais est-ce que tu avais, est-ce que tu as des objectifs différents maintenant par rapport à avant ? Et quels étaient, quels étaient les objectifs ?
Ouais. Je me rappelle qu'en 2011, mon objectif était de finir dans le top 10, enfin, dans le top 10. Et je me disais : je vais mourir. Et pour atteindre, enfin, mon objectif, je ne sais pas si c'était vraiment un objectif, mais j'espérais que ce soit possible parce que je pensais vraiment que je n'étais pas au niveau pour ce truc ou ce que j'allais tenter, mais je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre ou quoi que ce soit. Et puis, je me rappelle avoir étudié le parcours jusqu'à Chamonix, je me disais que si j'arrivais à Chamonix, je serais déjà vraiment content. Et puis je me suis rappelé, deux jours avant la course, avant la fin de la course, j'étais à Chamonix et je me suis dit : merde, je n'ai pas regardé les cartes plus loin que ça. Et là, je ne savais vraiment plus où aller.
Alors ouais, j'ai demandé à John Chambers : « On va où maintenant ? » Et il m'a répondu : « On va monter là-haut. »
Alors ouais, je me suis dit que si j'arrivais à Chamonix, ce serait plutôt cool. Et puis je me suis retrouvé au Col du Galibier pendant, ouais, la course. J'ai fini là-bas parce qu'on avait déjà atteint Monaco deux jours plus tôt, je crois. Je ne sais plus.
Ouais, je crois que seuls lui et Toma ont réussi cette année-là, non ? C'était en 2011 ?
Ouais, ça se pourrait. Ouais.
Ouais. Le Col du Galibier est un bel endroit pour finir. C'est magnifique.
Ouais, non, c'était sympa. Ouais. Alors, c'était ma première course. Et pour la suivante, je me suis dit : OK, on va faire un peu mieux. Surtout pour la nutrition, je me suis dit que je devrais, ouais. Ouais. Je devrais en avoir, je ne devrais pas perdre autant de poids pendant la course et puis, ouais, plus de protéines pour la récupération et plus, ouais, je pense que j'ai perdu seulement trois ou quatre kilos pendant celle de 2013. Donc ça, c'était plus acceptable.
Et est-ce que Nicole t'a soutenu pendant toutes ces courses ?
Non, non. En 2013, elle est venue, mais vers le moment où j'ai atteint la France. Oh non, un peu avant, je crois qu'elle est venue à Zermatt.
Mais je pense que tu volais déjà à cette époque, en 2013.
Non, je ne l'ai pas fait. Le mien, c'était en 2015.
Non, alors elle, non, cette année-là, genre 2013, j'ai volé depuis toute la vallée en fait. J'ai pris Lufthansa jusqu'à Zermatt et ensuite j'ai fait la même chose pour aller dans le backcountry jusqu'à Chamonix. J'ai
Je m'en souviens très bien, je suivais cette course de très près. Tu as fait des mouvements de dingue là-dedans. Tu étais vraiment sympa à regarder cette année-là. C'était, c'était, c'était l'année 2011, mais tu as eu des lignes vraiment cool.
Ouais. Eh bien, c'était aussi un peu de la chance. Tu sais, j'ai atteint, j'ai atteint Zermatt et là, j'ai vu que la base des nuages était vraiment haute. Et puis j'ai vu Manuel Nubo, je crois. Je ne sais pas si c'était cette année-là. Je pense que c'était cette année ou l'année d'après, mais il était en train de me rattraper et puis, non, je crois que ce n'était pas cette année. Ouais. Parce que sa première année...
c'était aussi ma première année, c'était en 2015.
Ouais. Ouais. Donc c'était la fois suivante. Mais la première fois, c'était avec Alan Durogati, je crois. Et on a tous les deux vu que c'était, que ce serait, ouais, la meilleure, la meilleure façon de faire. Et puis, ouais, on a choisi cette ligne et c'était vraiment sympa parce qu'à la fin, c'est beaucoup plus court. C'est plus court que l'autre. Donc, ouais. Et puis je me suis retrouvé à Chamonix ce soir-là et j'ai vu Nicole de Chamonix et elle nous a suivis jusqu'à Monaco. Et puis en 2000, enfin la course suivante, 2015.
Ouais. Elle m'a aussi un peu suivi, je crois, là-bas. Ouais. Et puis en 2017, elle était mon soutien. Et maintenant, elle va recommencer. Ouais. Alors vous
Tu dois m'en parler. C'est comment ? Je, je ne peux pas, j'adore ma femme à la folie, mais je n'imagine pas faire une course avec elle.
Ouais. Eh bien, j'ai pas mal de chance. Nicole, elle aime vraiment toute l'aventure, la course et tout le reste. Elle aime aussi tous les autres pilotes qui participent, et tout le réseau social qui entoure l'événement. Et ouais. Elle est... je ne sais pas. Pour la première course, j'avais un peu peur, parce que notre relation était assez jeune et j'étais aussi avec un supporter qui avait un caractère assez... comment dire... fort. Et je ne pensais pas qu'ils s'entendraient avec le caractère de Nicole, tu vois, que ça serait difficile pendant la course. Ouais. Elle me disait toujours : « Je veux aller avec toi, te soutenir et tout ça. »
Alors, en 2017, j'étais encore un peu avant la course. Je me disais, ouais, je ne sais pas si ça va marcher, tu sais, parce que comme tu le dis, ce n'est pas toujours facile quand on est avec sa femme, mais au final, ça a vraiment bien fonctionné. Enfin, ouais, tout le monde avait sa manche et on ne s'est pas vraiment disputés pendant la course ou quoi que ce soit. Donc non, c'était plutôt cool. Et bien sûr, c'est assez sympa. C'est que la personne qui t'aime le plus te suit pendant la course et te soutient. Et à la fin, c'était une super expérience. Et maintenant, on a un enfant qui a cinq mois.
Oh, félicitations. Je ne savais pas.
Ouais. Ouais. Et, euh, donc c'est, ouais, c'est, c'est, ça va être plus difficile cette année pour préparer la course aussi parce que c'est, euh, ouais. Ouais.
C'est chronophage. Du coup, est-ce qu'il viendra avec vous ? Je suppose que oui. Ou est-ce que vous avez des grands-parents ou quelque chose comme ça ?
Ouais, les grands-parents étaient là. Bon, on s'occupe de lui par chance. Et, euh. Ouais.
Et je pense que Tom en a un de prévu juste avant la course. Son deuxième. Ouais.
On se disait genre, euh, c'était quoi ? Ouais. Avant qu'on ne reçoive la nouvelle qu'on avait été sélectionnés. J'ai dit : « Ouais. Euh, je sais pas pourquoi, mec. Ils ne m'ont pas sélectionné pour l'Excel. » Et il a dit : « Non, pourquoi ? Je ne comprends pas. » Et là, j'ai répondu : « Je sais pas. Ils ont juste dit qu'ils ne me sélectionneraient pas cette année. Ils ont pris quelqu'un d'autre et puis voilà. » Et il a dit : « Je suis vraiment désolé pour toi. C'est vraiment bizarre qu'ils aient fait ça. » Et à la fin, j'ai dit : « Non, non, c'est une blague. Tu sais ? » Ouais.
Il n'y a aucune chance que tu ne l'obtiennes pas. Tu as été incroyablement régulier et c'était super sympa à regarder, tu es le favori du public. Euh, oui, je voulais te poser une question sur 2017. Parce que, je veux dire, tu as été dans le top sept à chaque fois. Ce n'est pas comme si tu avais eu un déclic, mais vu de l'extérieur, ça semblait être le cas. Je n'ai pas fait une très bonne course en 2017. J'avais fait un mouvement vraiment mauvais au début. Ça m'a vraiment coûté cher, mais on aurait dit que tu avais eu un déclic en 2017. Tu as fait une course vraiment solide du début à la fin, même sur la fin. Enfin, tu sais, encore une fois, c'était une de ces courses avec une météo difficile et seulement deux personnes ont fini, mais tu étais juste là et tu avais une compétition de dingue avec des gens très rapides sur le terrain, mais sur la fin, c'était beaucoup de marche et de course et la météo était brutale, mais.
Ouais. Je ne sais pas. Je pense que je ne... je ne m'en soucie pas vraiment. Euh,
La marche, ça ne me dérange pas vraiment. Parfois, c'est un peu bizarre, mais je dis toujours à mes supporters : « Essayez de me convaincre de prendre l'avion », parce que parfois je me dis : « Bon, là, je fais juste de la randonnée, je avance tranquillement et je progresse. » Au bout du compte, je ne prends aucun risque. Je peux faire ça sur 80 kilomètres et je le ferai. J'ai déjà fait 80 kilomètres, mais...
La partie marche, ça ne me dérange pas. Donc si ça devient difficile, je m'en fiche, ce qui me dérange vraiment, c'est de voler dans des conditions vraiment pourries. Quand je me fais secouer et tout, genre voler tout le temps dans le vent, je peux gérer ça pendant un certain temps, mais après un moment, je me dis que ça n'en vaut vraiment pas la peine. Et puis, je préfère être prudent que de le regretter, si vous voyez ce que je veux dire. Donc, ouais, je suppose que ça ne répond pas vraiment à votre question, mais, euh, ouais, je ne sais pas.
Je me demande toujours pourquoi je suis si régulier. J'espère vraiment que cette année sera la même, que je vais encore m'en sortir, parce qu'il y a aussi une part de chance. Je veux dire, parfois, il faut être bien positionné au début. Ne pas rater les bonnes journées de vol. Et si tu fais une grosse erreur lors d'une bonne journée, surtout maintenant où le niveau est assez élevé... tu te retrouves tout au fond dès que tu fais une faute. Je ne sais pas comment je fais, mais je continue de m'étonner moi-même. J'étais quatrième en 2017 et deuxième... c'est quoi le... Enfin, tout le monde, d'un coup, a progressé. Je me souviens d'un jour où j'étais vraiment en train de passer de Macu Naga.
Je ne sais pas si vous savez, vous savez, quel a été le tournant ? De l'autre côté de Sam, du côté italien.
Ouais. Le cœur de Meyer.
Ouais. Et ce jour-là, ils prévoyaient, je crois, un vent d'ouest, je ne sais pas, 40 kilomètres par heure. Et je me disais vraiment : « Pas question. Je ne vais pas, enfin, pas question que je vole. » Je ne veux pas mourir et je ne veux pas prendre le risque de voler à chaque fois dans leLee de ces... Ouais. Ces énormes crêtes et tout ça. Alors je me suis dit : « Oh, d'accord. » Enfin, j'étais en train de pleurer, en fait, au début de la journée en me demandant comment je allais faire ça. C'était genre quatre fois.
Ouais. Ouais. De 1500 à 2000 mètres, en ascension, et puis la même chose à la descente parce qu'il y a toutes ces vallées qu'il faut traverser à pied. Et là je me suis dit : comment diable, enfin, je ne peux pas faire ça. Vous savez, je ne peux pas faire 8 000 mètres ou un dénivelé vertical en une journée. C'est impossible. Et puis à la fin, enfin, pour la première ascension, j'ai dû marcher et j'ai pu voler la première parce qu'il n'y avait pas encore de vent. Et puis la suivante, ça commençait à se mettre à venter. Et là, j'ai vu que je devais redescendre et remonter à pied à la fin de la journée, 5 000 ou 6 000 mètres. Ouais. Mais j'ai juste marché et tous les autres gars, ils volaient et je me suis dit : d'accord, maintenant ils vont tous disparaître, vous voyez ?
Et, mais à la fin, Manuel Nubo était vraiment fatigué, il est tombé malade et est resté quelque part sur la montagne. Je ne sais pas ce qui s'est passé là-bas, mais... Ouais, ils ont fait des erreurs ou je ne sais quoi, je ne sais pas. Et je suis resté avec les gars devant et puis, euh, certains gars ont pénétré dans l'espace aérien parce que c'était assez compliqué là-bas. Du coup, d'un coup, genre deux ou trois gars ont un peu disparu, ont disparu devant moi. Et puis, la veille du dernier jour, j'ai décidé... J'ai décidé d'essayer de voler parce que je me suis dit, ouais, je ne veux pas marcher dans ces plats à 40 degrés là-bas en Italie.
Alors, et puis ça volait plutôt bien. Et puis j'ai quand même fait une connerie parce qu'à un moment, je volais en tête ou genre sur la face Est l'après-midi et ça montait, mais pas tant que ça. Du coup, à la fin, j'ai atterri et j'ai perdu, je pense, deux heures de marche sur cette montagne. Si j'avais juste attendu un peu plus, je pense que j'aurais pu y arriver, vous savez, c'était juste un peu plus. Ouais. Un peu plus, ou comment on dit ? Hum, j'étais juste fatigué, vous voyez, alors j'ai juste atterri et j'ai remonté à pied. Mais sinon, je pense que j'aurais pu atteindre le Paul Grisham Bauer ou être au même niveau. Il me restait une montagne à franchir et là, j'aurais été à ce niveau et ça aurait été drôle parce que là.
Ouais, ça aurait été une autre course contre lui. Mais, ouais, ensuite je suis reparti sur le plat, j'ai atteint cet espace aérien et j'ai commencé à marcher à partir de là. J'étais juste à quelques kilomètres devant Simon Oberaner. Et là, je l'ai appelé, tu sais, le dernier jour, j'ai dit : « Ok, on se voit sur ton... je sais pas. » Il était à 10 km derrière moi, je crois. « Qu'est-ce qu'on fait ? Je peux t'attendre. » Et puis on a juste bu une bière ici et on a dit : « On s'arrête là pour aujourd'hui. » Et on a fini la course comme ça. Et pour moi, ça va. Ouais. Et il a dit, ouais, il ne m'a pas vraiment répondu. Genre il a dit : « Je sais pas. »
Alors on a raccroché et je me suis dit : « Merde, il va sûrement courir ». Du coup, on regardait le tracé en direct tout le temps. Et à un moment donné, il a commencé à courir. J'ai pensé : « Ouais, bon, il va juste courir un kilomètre et il va s'arrêter à nouveau ». Mais il a continué à courir et il a fait genre cinq kilomètres. Il était à cinq kilomètres derrière moi. Et là, je me suis dit : « Oh merde, il court vraiment ». Alors on a couru. J'ai tenu deux ou trois heures à la fin de la course, juste pour garder cette quatrième place. C'était comme ça. Et puis à la fin, mais je plaisantais. Tu sais, quand je l'ai vu, j'ai essayé de le tuer, mais juste sur le ton de la rigolade, genre « pourquoi tu m'as fait ça ? »
ça me fait...
Je me sens encore plus ridicule. J'étais dans la même situation exacte : j'étais bien derrière vous à ce moment-là, mais Michael Gerlach, Rick Brazina du Canada et moi arrivions à Bellinzona. J'ai regardé le suivi en direct, Michael était de l'autre côté et il était derrière nous à ce moment-là, mais Rick avait accéléré et avait fait une meilleure manœuvre que moi ; il était à environ 2 km devant moi. Je savais que si je le dépassais, je l'avais, et je l'ai fait. Je l'ai dépassé de genre 2 km et je me suis arrêté. J'ai appelé, c'était la veille, donc il restait encore pas mal de course. C'était cette nuit-là, puis le lendemain jusqu'à 11 heures environ, peu importe. Je l'ai appelé et je lui ai dit : « Hé, s'il te plaît, on peut juste être des gentlemen ? On finit ensemble ou on marche ? Je resterai juste devant toi, mais on marche, on n'a pas besoin d'en faire une course. Je veux dire, je suis 14e, tu es 15e, ça n'a pas d'importance. » Et il a dit : « Non, j'ai bien aimé courir, continuons. » Alors j'ai fait un marathon cette nuit-là pour rester devant lui. Je suis resté à 2 km devant lui tout le temps, et puis le lendemain matin, on était tous les deux alignés à 5 heures parce qu'on avait déjà utilisé notre passe de nuit. Alors on a fait ça. Heureusement, on n'a pas eu à le faire, mais j'ai fait un autre marathon le lendemain matin et j'étais juste en mode : « Oh mon Dieu, mec, s'il te plaît, arrête. »
arrête de courir comme un idiot, c'est dingue, c'est une course de fous. Enfin voilà, c'était ça, mais c'était un super résultat. Et bon, pour en revenir aux objectifs, comment est-ce que, sur ces quatre courses que vous avez faites et sur cette décennie...
Je me suis vraiment dit : d'accord, entraînons-nous un peu plus, et j'ai fait du sérieux en vol au printemps. Être dans les Alpes m'a vraiment aidé à être un peu plus prêt aussi. À chaque fois que je venais de Belgique, je venais toujours dans les Alpes et je me disais : enfin, j'étais un peu impressionné, vous savez, les premiers jours, oui, un peu impressionné par les montagnes, les parois rocheuses et tout le reste. Et en fait, vivre ici en Suisse, enfin là où nous vivons, oui, il y a pas mal de hautes montagnes et c'est assez impressionnant parfois. Alors, cette fois, quand j'étais en Autriche, je me disais : oh, c'est presque plat, vous savez, c'était tout l'inverse pour moi, vous savez, c'est
il y a de jolies collines herbeuses et vertes, ce n'est pas si impressionnant, donc ça m'a vraiment aidé. Je veux dire, psychologiquement, c'était beaucoup plus agréable comme ça.
Et physiquement aussi, j'ai réussi à m'entraîner un peu plus, donc j'étais plutôt bon, je pense, en 2017.
Et au moins avant la course, je me suis dit que j'avais peut-être mes chances.
C'était donc une bonne chose, et cette année bien sûr, je vais essayer de faire de mon mieux à nouveau, mais comme vous le savez, avec un petit enfant, ça prend beaucoup de temps. Je vais essayer de m'entraîner aussi, mais je ne veux pas en faire trop non plus, vous voyez. Donc oui, je vais juste faire de mon mieux et voir ce qui se passe, voler autant que je peux et m'entraîner autant que je peux, mais je pense que ce sera un peu moins qu'en 2017, oui.
C'est l'une des choses avec lesquelles j'ai vraiment eu du mal dans toutes les courses, et je me suis rendu compte de ça après la course de 2015. Toi et moi avons fait des manœuvres assez similaires ce jour-là, en huitième position, tu sais, en entrant dans le Matterhorn et en faisant un vrai saut, mais beaucoup de gens ont fait pareil. Je suis passé de huitième à septième et je sais que tu as aussi fait un gros bond ce jour-là, ce qui m'a vraiment sauvé. Je veux dire, on ne pensait même pas que j'allais atteindre Monaco, mais ça a été une bonne journée pour moi. Par contre, j'ai eu beaucoup de jours où j'ai vraiment galéré avec le vol, parce que je ne sais pas quelle est la bonne façon de le faire, comme c'est complètement hors de la ligne de course, et je commence à me dire : « Et si je ne le faisais pas ? Et si ça m'ajoutait 20 km de marche ? » et ce genre de choses. Tu n'as pas l'air très... enfin, encore une fois, je ne peux pas te voir en course, je ne sais pas, mais je juge davantage à partir des courses de 2011 et 2013 quand j'ai pu te regarder, et tu sembles être capable de...
ne pas le prendre si au sérieux, tu es capable de faire des mouvements en l'air qui fonctionnent vraiment sans te laisser paralyser par ça.
ce n'est pas la peur de la mort, mais la peur de tout gâcher. Tu as l'air très confiant quand il le faut, je veux juste...
je prends la route que je pense être la meilleure pour moi, vous voyez, genre je ne déteste pas ça ou genre à un certain stade, ça est devenu : où est passé Chrigel ? genre je je je !
Je...
Je... je... je... je... je... je... je... je... je... je... je... je... je... je... je... je...
Je me disais que c'était le mieux pour ce jour-là, et ensuite je me contentais de regarder devant moi et d'essayer d'atteindre la crête suivante et cette prochaine montagne, peu importe, et de continuer à avancer.
C'est d'ailleurs ce que j'aime vraiment dans le X-Alps. J'ai fait d'autres courses de marche et vol qui sont vraiment rapides, où il faut aller à un point, puis marcher, puis faire ceci, puis aller à un autre point, et peut-être que vous pouvez obtenir plus de points si vous atterrissez quelque part entre les deux, ça devient parfois très compliqué. Mais dans le X-Alps, c'est juste, enfin, grosso modo, aller de Salzbourg à Monaco en passant par plusieurs points, mais oui, c'est d'un point à l'autre et je décide juste de ce qui est le mieux. J'ai toujours pris ces décisions moi-même, je ne me suis pas appuyé sur mes supporters, même si bien sûr je leur demande toujours.
sur la météo de la journée ou ce qu'ils pensent être le mieux, mais une fois que je suis en l'air, je juge simplement ce que je pense être la meilleure option pour la journée. Je ne peux pas dire à mes supporters : « Mais pourquoi est-ce que tu m'as envoyé là-bas, c'était vraiment nul » ou quoi que ce soit, je prends mes propres décisions et ça semble bien fonctionner, ouais. Comment
À quel point êtes-vous en contact avec eux quand vous volez ?
Non, ouais.
Juste quand j'ai des doutes sur les brises de vallée ou quoi, je les appelle et si j'ai des surprises pendant certaines courses où je n'aimais vraiment pas être en bas dans la vallée, juste pour demander s'il est sûr d'atterrir ou quoi, mais ouais, pendant le vol je ne doute pas vraiment et je prends mes décisions pendant le vol et je ne vais pas, ouais Comment
est-ce que tu penses au côté risque pour toi ? Je me souviens quand on traînait tous à Monaco après la course de 2015, tout le monde avait une histoire assez particulière. On a eu beaucoup de vent en 2015, c'est marrant pour moi de voir à quel point chaque course est différente. Je veux dire, en 2019, il n'y avait pas de vent, je n'ai jamais été dans un endroit où je ne pouvais pas décoller, ce qui était pour moi une course très inhabituelle, très différente, donc ça n'a pas semblé risqué du tout. Mais bon, on a eu de mauvaises conditions météo au milieu de la course, mais tout était, tu sais, très évident, ce n'était pas comme si tu volais dans beaucoup de turbulences, ouais, mais
avec l'âge, maintenant que vous avez un bébé de cinq mois... je veux dire, c'est une question que je reçois tout le temps dans le podcast, vous savez, comment est-ce que vous abordez cet aspect ?
Ça change, c'est sûr. Pas seulement à cause des cinq mois, mais aussi parce que quand on est jeune et que les gens te disent « on verra quand tu seras plus vieux », tu as plus peur des choses, et là tu te dis « ouais, ouais, peu importe », tu ne penses pas que ça va arriver. Mais c'est sûr que tu...
Ouais, maintenant je commence à penser à toutes sortes de choses quand je vole, pas vraiment quand je suis en mode compétition, un peu moins que quand je vole pour moi, mais parce que tu as cette adrénaline de la course et tout, donc tu pousses un peu plus. Mais bien sûr, je ne suis pas du tout aussi détendu que Krigel par exemple, qui, ouais, n'a l'air de rien foutre, mais non, ça change vraiment. Parfois, je vole le long de cette grande paroi rocheuse et je me dis : « Putain, qu'est-ce qui se passerait si j'avais une fermeture ici et que je tirais mon parachute de secours, et que je m'emmêlerais quelque part sur ces rochers, ça ne ferait aucune différence de toute façon ? » Et là, je commence à y penser. Mais l'autre jour, je volais en Suisse...
Eh bien, je n'ai pas fait la course, mais j'ai volé pendant le Swiss Open et on enchaînait les points d'un endroit à l'autre. Je ne regardais même pas les parois rocheuses, on volait à 4 ou 5 000 mètres, avec une météo vraiment incroyable, des glaciers énormes et tout ça. On se disait juste : « Oh, il y a encore un gars devant qui essaie de rattraper son retard ». Alors oui, la course aide bien sûr à éliminer un peu de ces peurs, mais on en a aussi de plus en plus, on commence à plus réfléchir à la vie et à tout le reste, mais ça aide peut-être à y arriver. Et puis en 2017, je me suis dit : « OK, je vais faire cette course, mais je ne prendrai jamais de risques pour moi-même ». Donc, dès que je pensais que les conditions n'étaient pas bonnes pour voler, je ne volais pas après ces deux jours de pluie au début.
Tout le monde décollait avec ce vent de falaise et j'ai vu des trucs vraiment graves se produire. Je me suis dit : peu importe ce qui arrive, si je perds 10 places aujourd'hui, il vaut mieux que je me casse la jambe ou quoi. Donc j'étais serein, je descendais dans la vallée et je voyais tous ces gars voler au-dessus de moi ; j'avais mal au ventre juste en les regardant. Je me suis dit que c'était une bonne décision. Et même à Makuknaga, quand j'y marchais, je me suis dit : OK, je dois faire ces 6 000 mètres de dénivelé positif, mais peu importe, au moins je resterai positif comme ça et je ne me sentirai pas mal à l'aise dans les airs. Donc ouais.
le deuxième jour, j'ai marché toute la nuit, j'ai pris mon pass nocturne dès le départ, ce qui s'est avéré être une grosse erreur. J'étais en bas dans ce canyon quand tout le monde a commencé à voler au-dessus de moi, et je ne pense jamais avoir vu quelque chose d'aussi effrayant en parapente, c'était juste terrifiant. Je veux dire, j'ai même appelé
non, j'oublie le directeur de course
pas Kristoff mais Jurgen, le directeur de la sécurité, qui a juste dit : « Hé, mieux vaut appeler l'hélicoptère, ça ne va pas bien finir ». Benoit a crashé mais il ne s'est pas blessé, mais purée, c'était horrible. C'était vraiment flippant.
Eh bien, j'ai 20 ans.
Ouais, c'était la fin de sa course. Ouais, exactement. C'est dingue. Est-ce que Nicole s'inquiète pour ce genre de trucs ? Est-ce qu'elle voit... je ne sais pas, parce que j'ai une sorte d'accord avec mon équipe : Revis, qui s'occupe de toute ma météo, et Bruce — il n'est plus avec nous malheureusement — mais ils savent tous les deux très bien quelles sont mes limites. Donc s'ils estiment que c'est sûr, ils me disent : « OK, voici ton prochain lancement », mais ils ne me donnent pas beaucoup de détails parce qu'ils savent que je ne les veux pas. Je vais juste y penser jusqu'au lancement, donc ils savent un peu quoi me dire et quoi garder pour eux. Est-ce que c'est toi qui décides de tout ça ou est-ce que vous avez un accord dans ce genre de sens ?
Ouais, c'est ça que je te disais tout à l'heure, tous mes soutiens, ils sont super pour m'épauler, mais ce ne sont pas les meilleurs pilotes ou quoi, donc ils ne savent pas vraiment quel décollage serait le meilleur ou toutes ces choses-là. Parfois, ils voient sur une carte que tu pourrais aller là-bas ou je ne sais quoi, mais je réponds que peut-être, mais je préfère aller là-bas. Je fais tous ces jugements moi-même pour que Nicole n'ait pas à s'en soucier, et Nicole ne s'inquiète pas vraiment pour moi non plus parce, je ne sais pas, je pense qu'elle a confiance en les décisions que je prends et qu'elles sont les bonnes, et ensuite...
non, elle est vraiment cool avec ça. Je veux dire, elle ne me sort pas des trucs genre « tu ne vas pas mourir aujourd'hui » ou quoi, elle est toujours très terre à terre ou...
C'est cool, c'est encourageant pour moi de l'entendre parce que je pense avoir environ 12 ans de plus que toi, j'aurai 49 ans la prochaine fois, j'en ai 48 maintenant. Mais c'est bon pour moi de l'entendre parce que tu voles depuis plus longtemps que moi et que tu as tous ces mêmes parachutes de secours. Qu'est-ce que j'ai fait en termes de fermeture ? Parce que j'en ai beaucoup et de plus en plus. Avant, j'étais bien plus capable de gérer le risque et je pensais être plus...
invincible, bien sûr, plus que maintenant, mais c'est étrange ce que la course fait à ton esprit. J'ai souvent senti que j'essayais généralement d'y aller pour faire un peu d'entraînement avant, et presque chaque année, il y a eu des jours où le vol était vraiment assez précaire et qui m'ont fait peur à mourir, comme ils le devaient ; ce ne sont pas vraiment des jours de vol récréatifs. Mais si j'avais cette même journée pendant la course, ce ne serait pas effrayant du tout. C'est bizarre, on entre dans cet état étrange et je ne pense même pas que ce soit si risqué en réalité, parce que tu es vraiment concentré. Et j'ai eu cette théorie ces derniers temps, je me demande si nos cerveaux ne peuvent supporter qu'une certaine quantité de traumatisme psychologique, et je pense que le vol est souvent assez traumatisant, tu sais. Mais si tu peux amener ton esprit à ce niveau supérieur, c'est vraiment juste une question d'attitude, non ? C'est juste une approche différente qui, pour moi au moins, sur les trois courses auxquelles j'ai participé, une fois que tu y es, ton cerveau atteint ce point au début de la course et ça reste comme ça pendant 12 jours. Ça reste comme verrouillé, tu l'as, tu sais.
non non, sans aucun doute. Ouais, comme d'habitude, la différence de jour en 2017 par rapport aux autres courses, comme l'autre course, j'ai toujours eu l'impression que les trois ou quatre derniers jours, j'étais vraiment... comment dire, dans mon élément ? Je n'avais plus peur ou je me sentais juste à l'aise pour voler, comme le ferait un bon pilote. Ouais, comme Grigel qui vole tout le temps ou quoi, je veux dire, ces gars-là volent tellement que c'est devenu naturel, je pense. Mais en 2017, j'avais ça : j'ai pas mal volé au printemps et puis dès les premiers jours de la course, j'étais déjà, tu sais, et je n'avais plus peur ou je me disais juste "ok, on vole" et je ne m'inquiétais pas du tout pour les dangers ou quoi que ce soit, donc...
Ouais, ça fait une sacrée différence, je pense, pour être mentalement fort.
Ouais, alors Fridie, on a fait un peu d'entraînement ensemble avant, je crois que c'était en 2017, avant la course de 2017. On a fait un vol vraiment cool depuis la Slovénie, depuis Triglav, pour revenir en Autriche. Mais je pense que, comme tu le sais probablement, Grigel ne fait rien de tout ça. Il ne va pas repérer le parcours à l'avance. Enfin, je pense qu'il le repère avec Google Earth, et bien sûr, c'est Grigel, il a volé partout dans les Alpes, il n'y a probablement pas beaucoup de zones qu'il ne connaît pas. Mais j'étais assez curieux de découvrir en 2015 qu'il ne le fait pas, tu sais, avant la course, il reste pratiquement chez lui, continue de s'entraîner chez lui et ne va pas repérer les zones. Quel est ton point de vue là-dessus maintenant, après l'avoir fait quatre fois, et qu'est-ce que tu vas faire cette année ?
Je comprends, parce que vous savez, par exemple, on a fait ce vol et ça a fonctionné comme ça ce jour-là, mais si vous y êtes un autre jour avec une météo un peu différente, vous pourriez prendre la même décision parce que vous avez pensé que ça marchait, mais ce ne serait peut-être pas la meilleure décision pour ce jour-là. Ce qui est important pour lui, c'est qu'il prenne la bonne décision le bon jour. Si en fait vous ne savez pas vraiment où vous allez, vous prenez vos décisions en fonction de ce que vous jugez de l'environnement, des oiseaux que vous voyez, je ne sais pas, des nuages, des terminaux, peu importe, et je pense que c'est un...
c'est toujours bien, c'est presque toujours mauvais quand les locaux viennent vous dire comment vous devriez voler parce qu'ils disent toujours : « oh non, tu ne peux pas aller là-bas parce que ça ne marche jamais » ou quelque chose comme ça. Et quand vous les écoutez, vous finissez par les écouter et vous vous dites : « d'accord, je n'y vais pas parce que ça ne marche pas », mais au final, ça pourrait marcher s'ils ne l'ont jamais essayé ou quoi que ce soit. Et si vous pensez que c'est peut-être la meilleure décision, c'est ce qui fait la différence entre lui et beaucoup d'autres pilotes. Je pense qu'il analyse vraiment tout par lui-même, et ensuite, peu importe pour lui s'il vole en tête ou s'il vole
derrière d'autres pilotes, s'il vole derrière d'autres pilotes, il jugera les pilotes qu'il voit devant lui pour prendre la meilleure décision, peu importe ce qu'il pense ou ce que font les autres pilotes, mais il prendra toujours sa propre décision, ce qui le ramènera à la tête.
Ouais, heureusement, il n'a pas à trop gérer le fait de suivre les autres.
pas dans cette course, mais je veux dire dans des jobs du monde réel, quoi qu'il arrive, il ne sera pas toujours devant lui. Je crois qu'il l'a dit dans l'une de ses interviews, genre même si l'un de ces jeunes gars se met devant lui, il faut quand même être capable de voler devant et de prendre toutes ces décisions soi-même. Parce que je me souviens avoir volé avec des gars comme Benoit Utersi qui volait exactement chaque ligne que Chrigel faisait ; ils le mettaient sur son GPS et faisaient exactement la même chose, ce qui n'est pas la bonne méthode parce que le jour où il a volé là-bas, ça a marché, mais tu peux être une ou deux heures plus tard et ce n'est plus la meilleure ligne, et alors je pense...
C'est vraiment important. Je veux dire, vos supporters sont essentiels dans cette course, mais c'est au final le pilote qui doit prendre les bonnes décisions quand il est en l'air, et vous ne pouvez pas rejeter la faute sur vos supporters. Enfin, du moins, vous ne pouvez pas les blâmer, je veux dire.
c'est votre décision, donc vous ne pouvez pas dire « pourquoi m'avez-vous envoyé là-haut ? c'était vraiment nul » ou quoi que ce soit. Je pense donc que c'est un point fort de Chrigel, ce qui fait de lui un si bon pilote, ouais.
il le lit à la volée, évidemment il est le meilleur pour ça. Ferdi, je vais te poser une question qui est peut-être impossible, mais j'espère que tu pourras y répondre. Quand tu repenses à tes quatre campagnes, as-tu une meilleure et une pire expérience ? Je sais qu'il y en a tellement des deux, mais
est-ce que vous avez
en as un qui sort vraiment du lot
Hmm
Ouais, je pense que le meilleur, c'était en 2013 ou 2015, je ne sais plus mais j'étais à Grenoble, à Grenoble en anglais, ouais Grenoble, et ensuite j'ai fait cette ligne complètement dingue vers le sud et plus tard, j'ai traversé pour revenir vers les Alpes principales, ou comment on dit, genre...
en bas vers Gap ou quelque chose comme ça, tu es resté du côté de St. Hilaire pendant un moment ?
J'ai volé sur le... donc j'ai fait ça et ensuite j'ai volé au-dessus des plaines un petit moment pour revenir vers le Lac de Serre-Ponçon et puis de là, il y avait aussi le Tour de France en même temps. À un moment donné, j'ai atterri sur une montagne, j'ai appelé mon support, je leur ai dit : « Ouais, je sais pas les gars, c'était vraiment dur, ça ne marchait pas au début, j'ai vraiment dû me battre pour prendre de la hauteur ». Et puis tout d'un coup, avant de traverser ces plaines, j'ai chopé une thermique, je ne sais pas, je suis passé au-dessus de la base des nuages et il y en avait une autre plus haut, et là j'ai pu traverser ces plaines et ensuite...
J'ai atteint, enfin, le Lac de Serre-Ponçon et j'ai appelé mon support. Je leur ai dit que c'était vraiment dur et que j'espérais encore pouvoir parcourir un peu de distance à partir de là, mais il était déjà six heures ou quelque chose comme ça. Ensuite, j'ai réussi à survoler le Lac de Serre-Ponçon, puis oui, vers Saint-André-les-Alpes et même plus loin encore. Mais il y a eu un moment, genre deux heures plus tard ou quelque chose, où je volais super vite avec un énorme vent de face et sur chaque face ouest que je rencontrais, ou presque nord, je me faisais catapulter. C'était vraiment, vraiment super, et j'ai fini à 80 kilomètres de Monaco. C'était un vol incroyable, je pense que j'ai dépassé je ne sais pas sept ou huit pilotes pendant ce vol, donc c'était vraiment génial, genre
J'ai fait un super vol ensuite. Alors,
tu as dépassé tous les pilotes qui étaient restés plutôt en profondeur, tu as pris la ligne large. Ouais, je m'en souviens, je me rappelle avoir regardé ça, c'était génial.
Il y a eu un peu de chance aussi, parce que j'ai demandé aux pilotes à Saint-Hilaire ce que je pouvais faire, et au printemps, ils m'ont dit : « Ouais, ben parfois on prend cette ligne, et parfois on traverse et on va vers... plus profond, comme tu dis ». Alors j'ai dit : « OK, je vais juste essayer cette ligne » et ça a marché. D'habitude, ça ne marche pas vraiment en été parce que c'est trop stable, donc tu sais, il y a eu un peu de chance aussi. J'en avais juste parlé à quelques gars du coin au printemps quand j'y étais, et puis je l'ai fait et ouais, ça a super bien marché. Mais bon, c'était assez dur et j'ai vraiment fait des sauvetages à basse altitude, là où je pensais...
Oh putain, ça aurait pu mal tourner, tu sais, j'aurais pu finir 15e ou je ne sais quoi, mais bon, ça s'est bien passé, donc c'était cool.
et puis ouais, mon pire, c'était d'atterrir avec un vent de dingue quelque part
C'est difficile à préciser, on fait ça un peu.
Ouais
Mon pire moment, c'était aussi quand Thomas s'est écrasé, je crois que c'était en 2015, quand il y avait tous ces vents, ce vent d'est ou je crois que c'était oui, d'est, on a eu beaucoup de vent d'est, non.
non, non, l'ouest en 2015, c'était le fort vent d'ouest, c'est là qu'il a atterri dans la mine là-haut en reculant à un million à l'heure.
Ouais, et là, je me disais déjà : « Putain, pourquoi on fait ça ? On doit se battre tellement, est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? » Et puis on a décollé de cet endroit avec Thomas, et je regardais derrière moi en me demandant : « Elle est où, Thomas ? » Je ne le voyais plus et je me suis dit : « Ouais, c'est sûrement parce que j'ai les yeux fermés, je ne sais pas, je ne le trouve plus. » Et puis je me suis dit : « Bon, il s'est probablement passé quelque chose, il devrait être là. » Et là, j'ai atterri au sommet d'une montagne et j'ai appelé mon supporteur en lui demandant ce qui se passait avec Thomas parce qu'il était juste derrière moi, et il avait déjà crashé. Et moi, j'étais au sommet de cette montagne, en train de pleurer aussi, en me demandant : « Pourquoi on fait cette merde ? » Je pensais qu'il était mort parce qu'on avait décollé de...
d'un petit rebord, genre on avait 10 mètres d'herbe et après il y avait cette grande paroi rocheuse qui descendait et alors, je me suis dit s'il avait fait un truc de travers au décollage, je ne sais pas ce qui aurait pu se passer, mais ça ne pouvait pas être bon, tu vois, il est peut-être tombé le long de cette paroi et c'est en fait ce qui s'est passé, il a essayé de décoller et alors, il a vraiment eu un court instant pour relever son aile et faire demi-tour et genre sauter de cette falaise, mais il a juste sauté de la falaise avec l'aile un peu trop vers l'arrière et du coup l'aile a décroché une fois qu'il était en l'air, elle ne volait pas encore en fait.
et puis il a genre, ouais, trébuché dans le vide et a eu de la chance de retomber sur un petit rebord, donc il n'est pas tombé jusqu'en bas. Mais bon, il a eu de la chance là de ne pas se blesser plus gravement, je pense qu'il a juste
il avait une petite blessure au poignet ou quelque chose comme ça, mais il a fini la course. Mais moi, je me demandais vraiment pourquoi on faisait ça.
Ouais, je veux dire, en 2015, c'était peut-être une année différente parce qu'en 2015, c'est quand il s'est pratiquement fait arracher le visage. Je veux dire, il a dû, il a dû abandonner la course. C'était le même jour que Michael Vichy a lancé son parachute de secours mais
c'était encore mon coco, mais je parlais bien sûr de
Désolé, oui, bien sûr, c'est vrai... il y a ces moments où tu te dis « waouh », ça remet un peu les idées en place, on fait quoi, au juste ?
Le lendemain, j'ai fait ce super vol de là-bas, de la navette de Terre-Neuve jusqu'à Chamonix, et puis ouais, et là j'étais content à nouveau.
Ouais, on a ses hauts et ses bas, tout comme en vol.
Ferdi, quel plaisir, mec ! J'apprécie vraiment et je suis trop content de revoir ton nom sur la liste. Je savais que tu reviendrais, mais c'était génial de le voir. On a beaucoup de jeunes gamins qui vont nous être sur les talons, ou plutôt on va être sur les leurs, je suppose, mais ça a l'air d'être un champ vraiment solide, probablement le plus fort à ce jour. C'est excitant de voir ce qu'ils vont nous donner pour le parcours, mais je suis vraiment ravi de voler avec toi à nouveau, de passer du temps avec toi et de courir avec toi. Merci d'avoir partagé tes histoires.
ça va être intéressant, ouais
On verra, on verra.
C'est toujours le cas, c'est toujours le cas. Bon, on se reparle bientôt. Bonne chance pour ton entraînement et pour le COVID. Je veux dire, évidemment, ça ne s'annonce pas très bien pour le moment pour venir ou même faire la course, mais selon l'évolution du COVID, on se verra en mai ou en juin. À bientôt. Ouais, d'accord mon pote, à plus. Merci Ferdi. Ouais, à plus, bye bye, reste en bonne santé. Si vous trouvez Cloud Based Mayhem utile, vous pouvez nous soutenir de plusieurs façons. Vous pouvez nous donner une note sur iTunes ou Stitcher, ou peu importe comment vous écoutez votre podcast, ça aide beaucoup à faire passer le mot. Vous pouvez en parler sur votre propre blog ou le partager sur les réseaux sociaux. Vous pouvez en parler en allant au Launch avec vos amis pilotes, je sais que beaucoup de conversations intéressantes ont eu lieu de cette manière, et bien sûr, vous pouvez nous soutenir financièrement.
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