Salut tout le monde. Bienvenue dans cet épisode spécial de Cloud-Based Mayhem. J'ai fait une petite interview où j'ai été interrogé par un bon ami, Nik Hawks, sur tout ce qui concerne le X-Alps 2017. On a terminé ça, je crois, il y a environ un mois. Et c'est une exclusivité pour vous, nos soutiens Patreon et les personnes qui soutiennent cette émission. J'espère que vous apprécierez. On aborde toutes sortes de sujets sur pourquoi on a fait ce qu'on a fait, nos erreurs et nos réussites. On parle nutrition, compléments alimentaires, entraînement, pilotage, et ce que je ferais différemment si je le refaisais, si je suis assez fou pour le refaire. Alors, profitez bien de cette conversation sur le Red Bull X-Alps 2017 avec moi.
Alors, Gavin, merci de m'avoir invité pour me poser toutes ces questions sur le X-Alps. Je suis vraiment ravi. Je sais que beaucoup d'entre nous ont suivi la course de cette année, la course de 2017. Pour ceux qui écoutent et qui ne seraient pas au courant, c'était une course de 1 100 kilomètres, juste plus de 1 100, 1 138 pour être précis. Un gars nommé Chrigel Maurer l'a gagnée en un peu moins de 11 jours. Je pense que c'est environ 10 jours, 10 heures et 23 minutes. Et un seul autre pilote a atteint l'objectif. Tu as terminé 14e, à environ 300 km de l'arrivée. Et tu avais un Canadien juste derrière toi, à environ 7 km. Donc, c'était une course assez solide pour toi jusqu'à la ligne d'arrivée. Alors, avant tout, félicitations d'avoir pris le départ et d'avoir tout donné.
Ouais, merci Dick. Ce n'était pas le résultat qu'on espérait. Mais purée, c'était un voyage tellement épique. Et, tu sais, la météo était juste terrible cette année. On était vraiment impatients de se sentir forts à la fin et de pouvoir continuer à donner tout ce qu'on avait. C'est une course épique. Et encore, chapeau à Chrigel, cinq fois de suite. C'est juste dingue.
C'est assez inspirant, c'est sûr. Super. 31 pilotes ont commencé. Seulement 19 d'entre vous ont fini. Comment trouvez-vous ça par rapport à la version de 2015 ?
Eh bien, oui. Je ne peux le comparer qu'à celle-là parce que c'est la seule autre que j'ai faite. Physiquement, celle-ci était sans aucun doute bien plus dure. Je crois qu'il y avait 19 personnes qui avaient atteint Monaco la dernière fois. La dernière fois, j'étais huitième. Et je n'aurais jamais imaginé qu'il ne serait pas possible d'atteindre Monaco, même si je pense que, historiquement, la course a un taux de réussite d'environ 11 %. Donc, celle-ci était certainement plus en phase avec l'histoire. Mais ils disent clairement que celle-ci était, de loin, la plus difficile de toutes depuis 2011. 2003. Certainement bien plus difficile physiquement que la course de 2015. Bien que, étonnamment, j'aie été pas mal plus éprouvé lors de la course de 2015, même si l'entraînement était assez similaire. Mais, enfin, la météo était juste atroce. Et même effrayante, je dirais. Elle était en surdéveloppement la plupart des jours.
Beaucoup d'éclairs et de tonnerre. Beaucoup de fronts de rafales presque tous les jours. Et ce qui était inhabituel avec celle-ci, c'est que d'habitude, les leaders, les gars qui partent devant, alias Chrigel, il est presque impossible de les rattraper parce que la course se déroule à l'envers par rapport à la façon dont on survole habituellement les Alpes. On se fait battre par le vent tout le long jusqu'à la dernière étape vers Monaco. Et donc, selon la façon dont les systèmes météo fonctionnent avec le jet stream, celui qui est devant prend la météo en premier, et ça a tendance à frapper plus fort ceux qui sont derrière. Plus l'écart s'allonge, plus il est difficile de rattraper les leaders. Et dans ce cas, pour cette course, c'était toujours le cas.
Mais les gars qui approchaient du Cervin au moment où ils l'ont fait ont eu un vent atroce. Donc, personne n'a vraiment pu suivre la ligne de montagne du Cervin vers le bas. C'était plutôt cool parce que ça a maintenu tout le monde plus groupé. Et ça m'a permis, à moi et aux gars de la traîne, vous savez, parce que... enfin, je ne peux parler que pour moi, mais il m'est arrivé un truc assez malchanceux. Le troisième jour, j'étais en très bonne position. Et puis, vous savez, les gars avec qui j'étais ce matin-là étaient à 180 km d'avance le soir même. Et je n'arrivais juste pas à les rattraper parce que la météo entre eux et moi était pire. Du coup, ça m'a permis de rattraper un peu de terrain à la fin, ce qui était plutôt sympa.
Ouais. Alors, je vous suis sur Facebook et Instagram tout au long de la course, et j'ai regardé ce qui se passait sur le site de Red Bull. J'avais plein de questions au fur et à mesure. Donc, pour commencer par le début, la première c'est que vous avez utilisé le night pass tôt. Chaque athlète n'a droit qu'à un seul night pass où il peut marcher pendant la nuit. Sinon, il faut rester allongé sur le dos. Pourquoi l'avoir utilisé si tôt ? Était-ce une bonne décision ? Et pensez-vous que l'avoir gardé aurait pu changer le résultat ?
Ouais, le "night pass" est un truc intéressant. Tu sais, lors de la course de 2015, comme j'ai fini troisième au prologue, les trois premiers en ont un de plus. Et on a utilisé mon premier pass assez tôt dans cette course-là. Ça nous a vraiment coûté parce que la météo était atroce. Je me suis retrouvé à marcher sous la pluie toute la nuit et je me suis vraiment fracassé les pieds. Et puis, tu ne peux avoir que cinq heures de toute façon. Et tu ne peux pas voler de nuit, c'est contre le règlement. Donc, au mieux, tu vas avoir 35 ou 40 bornes au compteur, ce qui représente, tu sais, deux heures en l'air, une heure et demie. Alors, à bien des égards, on considère le "night pass" presque comme une pénalité parce que ce manque de sommeil pèse vraiment sur l'organisme. Donc, notre plan avant la course était clairement de ne pas utiliser le "night pass" à moins que ce soit absolument nécessaire.
Genre, si on risque d'être éliminés. Parce que, vous savez, celui qui est dernier toutes les 48 heures est éliminé. Donc, on l'utiliserait, bien sûr, dans ce cas précis. Ou on l'utiliserait si je pénétrais dans un espace aérien, par exemple, et que je recevais une pénalité de cette façon. Mais sinon, on ne l'utiliserait pas, point final, ou on ne l'utiliserait que la dernière nuit, vous savez, pour faire une sorte de coup d'éclat pour essayer de battre quelqu'un contre qui on est en compétition serrée à la fin de la course. Ce qui s'est passé, c'est ceci : on avait un routeur météo. On avait une équipe météo. Et c'était le même gars qui aidait Gaspard. Et qui réussissait très bien, évidemment, jusqu'à son accident. Mais on a commencé à recevoir les prévisions météo de sa part quelques jours avant le début de la course. Et sachant que la météo était tout simplement atroce sur le versant nord du Massif.
Donc, entre le début de la course et le passage au-dessus du Massif sur notre route vers la Slovénie, ça allait être juste terrible. Pas de vol, c'est sûr. Et on a un peu prouvé lors des courses de 2015 et 2017 que je ne suis pas un coureur. Mais ma vitesse moyenne au sol est assez rapide. Mais sachant qu'on ne serait pas capables de décoller du Geisberg, et que c'est une longue descente, on aBasically supposé que le premier jour, j'allais, au mieux, être au milieu du peloton à la fin de la journée. Et c'était 95 km du départ jusqu'au sommet du Massif pour atteindre le sud des Alpes. Donc, une journée assez grosse. Et notre météo montrait que le côté nord allait être fort et ferme. Mais le sud des Alpes allait être ensoleillé. Et risqué, vous savez, pas mal de vent du nord, mais praticable.
Et on a pris ce bulletin météo de manière beaucoup trop spécifique. Vous savez, il nous a fallu pas mal de jours pendant la course pour vraiment comprendre et interpréter la météo qu'on recevait de ce gars de Medio France qui était fantastique. Il s'appelait Laurent. Mais on le prenait vraiment au pied de la lettre, genre : d'accord, voilà ce que tu vas avoir. Ces vents à 2 500 mètres, ce genre de ciel et ce genre de thermiques. On le prenait de façon très précise alors que, bien sûr, ce ne sont que des modèles. Enfin bref, sachant que la météo allait être meilleure du côté sud, on se disait vraiment que le fait d'arriver en premier et de prendre le ciel en premier allait peut-être nous mettre deux, trois ou quatre heures devant le peloton.
Et c'était juste, c'était ce jour-là, le lendemain, et le jour d'après. Pendant les trois premiers jours de la course, on voyait vraiment du vent, du ciel et du soleil. D'une manière qui nous faisait dire : mec, ça pourrait être un coup de génie si ça marche et que ça en vaut peut-être la peine. Donc, sachant que c'était potentiellement en vue, vous savez, deux jours avant la course, je me suis installé dans un très bel hôtel. J'ai dormi énormément. J'ai vraiment essayé de me préparer pour ça. Et puis, le matin de la course, on avait pratiquement décidé qu'on ne le ferait pas. Vous savez, et j'ai demandé à Gaspard, qui avait le même météo, s'il allait le faire. Et il m'a dit : non, pourquoi ? Pourquoi tu le ferais ? Vous savez, oui, ça va être mieux au sud, mais, vous savez, faire une nuit de passe la première nuit avec toutes ces heures supplémentaires et sans sommeil, je ne pense pas que ça en vaille la peine, vous savez ?
Et donc, j'ai reçu un SMS de l'organisateur de la course environ une heure avant le départ nous disant qu'on avait annulé notre nuit passée. Il faut les prévenir avant midi, vous savez, Bruce n'a pas vérifié avec moi. Il était juste vraiment enthousiaste à l'idée de faire ce move. Et, vous savez, je lui laisse toutes ces décisions. Alors j'ai été assez surpris. J'étais assez énervé. Et puis, vous savez, je l'ai eu au téléphone tout de suite et je lui ai dit : « Hé mec, pourquoi on est si pressés ? Pourquoi tu ne m'as pas consulté ? Et pourquoi on fait ça ? Est-ce que ça va compter, les trois, quatre ou cinq heures d'avance qu'on va avoir ? Vous savez, ça a encore l'air assez mauvais là-bas le matin. » Et de toute façon, encore une fois, je ne veux pas trop m'étendre là-dessus, mais c'était quand on est arrivés au past cette nuit-là. Donc je, l'autre chose aussi, c'est que comme j'étais assez lent dans le prologue, parce que le prologue n'était qu'un événement de course à pied.
Et encore, je ne peux pas marcher. Je ne peux pas descendre à pied, j'ai vraiment du mal avec mes genoux. Donc, vous savez, j'ai été vraiment rapide dans le prologue et ensuite j'ai vraiment pris mon temps pour la descente. Ils nous ont pénalisés en fonction de votre classement au prologue. Si vous étiez une heure derrière les leaders, vous aviez une heure de retard le deuxième jour de la course. Du coup, j'avais environ une heure et demie de retard. J'ai donc arrêté de marcher à 15h, ce qui m'a quand même laissé trois heures et demie de sommeil, ce qui est plutôt bien, c'est suffisant. Et donc, on a vraiment eu l'impression que le risque en valait la peine. Ce qui s'est passé finalement, c'est quand on est montés. Je pense que j'étais troisième à ce moment-là, Toma et Huber avaient aussi annulé leurs passes de nuit. Ils ont donc vu la même chose et on est tous montés là-haut, et c'était juste atroce, complètement inflyable, totalement dans les nuages.
On a fini par devoir redescendre à pied. Donc quelques heures plus tard, quand le soleil a commencé à pointer, c'était toujours complètement horrible. Je me suis retourné et j'ai commencé à voir ces gars voler vers le bas en sortant de ce canyon. Pas de la manière dont Chrigel l'a fait, mais pratiquement tout le monde. Lui et quelques autres personnes ont pris la route, la route directe. Et je veux dire, mec, c'était le vol le plus terrifiant que j'aie jamais vu. Benoit, qui était l'autre gars qui a fini par terminer, s'est écrasé dans les arbres et c'était du SIV pur et simple pour ces gars, volant vers le bas en sortant de ce genre de canyon sans possibilité d'atterrissage. Un risque énorme. J'étais vraiment content de ne pas être là où ils étaient. Parce que j'aurais probablement fait la même chose pour quelques-uns de ces gars qui ont, en fait, réussi. Ils ont pu rester en l'air. La plupart d'entre eux ont juste spiralé vers le sol pour essayer, tu sais, de ne pas mourir.
Et certains d'entre eux ont continué. Paul Guschlbauer. J'ai fini par remonter pour un autre décollage et j'ai volé. Donc on n'a pas vraiment été pénalisés, à part le manque de sommeil. Vous savez, le lendemain matin, j'étais avec Huber. J'étais avec Nick Nanen et Pal Takats. J'étais avec le gars, j'étais à la sixième place. Donc ça n'a pas vraiment payé et ça a signifié qu'on n'a pas pu en utiliser un autre, mais bon, ce n'était pas vraiment une erreur, à part qu'on ne peut jamais vraiment quantifier ce que le manque de sommeil vous fait. Vous savez, peut-être ce troisième jour quand j'étais avec ces gars, peut-être si j'avais mieux dormi, je n'aurais pas fait cette boulette. Donc, je veux dire, la vraie erreur était le jour trois, en volant avec Huber, Nick et ces gars. Et ce n'était même pas vraiment une erreur. C'était juste, vous savez, une question de chance, mais vous savez, parfois dans le X-Alps, pour aller vite, il faut savoir aller doucement.
Et, euh, vous savez, c'était une journée avec des nuages bas et j'étais, vous savez, on a fait une traversée et j'étais en fait assez haut. On l'a faite avec Nick Nanen. Et quand on a traversé cette grande vallée, vous savez, c'était totalement à l'ombre et, euh, il a pu un peu errer, euh, et chercher et chercher et chercher. Et j'étais à environ cent mètres en dessous de lui et on cherchait tous les deux frénétiquement une autre montée et je n'en ai pas trouvé alors que lui oui. Et, euh, vous savez, et ça s'est transformé en... on pourra en reparler plus tard, mais c'était, vous savez, c'était un énorme coup dur pour moi par rapport à ce que les autres ont fini par faire. Vous savez, j'étais avec leur Agati. J'étais avec les gars qui ont vraiment bien réussi toute la journée. Et c'était juste, c'était décevant. Et c'était vraiment ma course. Vous savez, à la fin de cette journée, je pense que j'étais 25e.
Ouais, non, on a tous regardé ça. C'était genre : « Oh mon Dieu, qu'est-ce qui se passe ? » Parce que vous êtes troisièmes. Si on est tous à fond pour ça.
Ouais, c'était, c'était décevant. Je veux dire, c'était, c'était carrément, tu sais, avec le recul, euh, tu sais, et on en a beaucoup parlé en équipe, tu sais, ça aurait pu tourner en notre faveur et ça aurait été génial. Ça n'est pas arrivé. Et, tu sais, on en a tiré des leçons et, tu sais, c'était, je ne sais même pas. C'était vraiment une erreur. J'ai vraiment aimé discuter avec Chrigel, tu sais, il y a quelques semaines dans le podcast et il a parlé de, tu sais, comment il faut vraiment prendre des risques et, euh, c'était un pari et on a perdu, mais celui-là n'a pas marché.
Ouais. Ouais. Parfois, les freins te jouent des tours.
Ouais, absolument. C'est donc ce qui s'est passé le troisième jour. Et c'est, c'est de ton point de vue. Et ça a l'air d'être probablement correct. C'était un peu la course, au moins la course pour le podium. Mais à partir de là, je veux dire, c'était à couper le souffle. Chaque jour, suivre les progrès et voir les leaders prendre de l'avance petit à petit après ce gros bond, et te voir te démener pour rattraper ton retard en sachant que dans cette course, tout est possible. Y a-t-il un jour qui s'est démarqué comme étant, comme étant vraiment le plus dur pour toi ?
Ouais, il y en a eu quelques-uns, enfin, en ce qui concerne le côté émotionnel, c'était le troisième jour, c'était incroyablement frustrant. Pas forcément la journée la plus dure physiquement. Il y en a eu d'autres qui étaient probablement bien plus dures, mais ce troisième jour... Tu vois, quand j'ai fait la traversée avec Nick, c'était assez tôt dans la journée. Ce n'était pas une super journée, mais ça commençait à s'améliorer et ça a évidemment beaucoup mieux tourné. Et quand j'ai foncé là-bas, je n'étais pas dans une position terrible, les gens allaient vraiment doucement. Il y avait beaucoup de nuages, la base était basse. Donc, j'étais dans une position assez correcte. Il y avait une route, une route de terre qui serpentait sur le dos de cette montagne. Alors j'ai tout rangé très vite, j'ai commencé à m'engager et là, les choses sont devenues terriblement mauvaises.
J'avais toutes les cartes sur mon téléphone et, vous savez, le zigzag était juste frustrant parce que... je me suis dit : « Oh mince, je pourrais juste couper ces virages et y aller en ligne droite. » Alors j'ai essayé de prendre un raccourci. Le raccourci s'est immédiatement transformé en jungle très escarpée couverte de orties piquantes, vous voyez ? C'est comme en Amérique du Sud, ils appellent ça la « chevelure de la femme mauvaise ». Je veux dire, ça vous déchire complètement. Et donc, en un rien de temps, je me suis mis à jurer en me disant : « Putain, pourquoi je ne suis pas resté sur la route ? Ça aurait été plus rapide. » Mais je faisais juste des efforts pour grimper à travers tout ça et j'avais mon téléphone, il y a du scratch dessus et je l'ai mis là où sont mes gourdes sur mon épaule. C'est un endroit assez sûr pour le téléphone. Mais j'ai aussi une sorte de dragonne pour quand je vole.
Pour ne pas le perdre. C'est juste un petit bout de ficelle, mais le truc a dû s'accrocher à une branche ou quelque chose comme ça quand je traversais tout ça. Et enfin, je me relève et je réalise que je n'ai plus mon téléphone, et mon téléphone, c'est mon instrument. C'est tout. C'est ce qui est relié à mon Vario, il a toutes mes cartes et c'est comme ça que je parle à l'équipe. Je veux dire, on ne peut pas faire sans, sinon je serais juste continué. Alors j'essaie d'utiliser le Garmin InReach, ce qui est vraiment difficile sans le téléphone. Tu essaies d'envoyer des SMS sur ce tout petit boîtier, tu vois, et j'écris à mon équipe : « appelez-moi et ne cessez pas de m'appeler. Je dois trouver ce truc. C'est la seule façon que j'ai pour le trouver. » Et donc, ça a fini par être une heure et demie à errer dans la jungle. Et j'ai eu une chance incroyable. Je suis redescendu à travers tout ça et il y avait genre quatre ou cinq pieds de végétation super dense.
Je me disais qu'il n'y avait aucun moyen que je trouve ce truc, et je commençais à être vraiment frustré, presque à paniquer. Et puis, ça a commencé à sonner littéralement juste au moment où je suis passé juste à côté, et ils n'avaient même pas reçu mes SMS, il regardait juste le suivi en direct en se demandant pourquoi je ne bougeais plus. Et donc, j'ai trouvé le téléphone. Je me suis réengagé, ça a pris pas mal de temps pour atteindre un vrai point de décollage parce qu'à ce stade, le vent du sud, qui souffle toujours vers le bas en Slovénie, vers le bas dans ce coin, c'est ce qui rend le Tree Lab vraiment difficile. C'est un point de virage parce qu'on vole vers le sud et qu'on vole face au vent. Ouais. Et donc, je me suis lancé juste au moment où Powell, Aaron, Huber et tous ces gars avaient marqué le point de virage et qu'on revenait, et donc, j'allais dans la direction opposée.
Ces gars, je les regarde en me disant : « Mec, il y a beaucoup de vent. » Et enfin, j'ai fini par m'en sortir. C'était vraiment transversal et instable, et j'ai pris un peu d'altitude pour passer sur le massif côté Slovénie, mais je n'ai pas pu monter assez haut pour franchir le sommet de ce canyon. Je me suis posé en me disant : « Bon, je devrais peut-être juste attendre que le vent tombe un peu. » Je suis en train de perdre ces gars, mais je pense que la patience est sans doute la meilleure option ici. Il y avait quelques autres gars à ce moment-là. Ils ont fini par débonder. Crescia avait même crashé dans les buissons. Je veux dire, ça soufflait pas mal. Alors j'ai attendu, attendu, attendu, et je ne dirais pas que j'ai perdu patience. C'était juste que le soleil était sorti, la journée avançait et les courants du côté ouest commençaient vraiment à fonctionner.
Alors, j'ai relancé et je n'ai pas eu assez de hauteur, je suis tombé dans ce canyon où, vous savez, les gens se faisaient éjecter, et je me suis fait éjecter aussi. Là où j'ai atterri, c'était le pire endroit possible pour atteindre le sommet. C'était une marche de dingue et il était très clair que je ne pourrais plus voler ce jour-là, que je ne pourrais pas atteindre le point de retour. Et oui, je veux dire, j'ai fait 30 km de progression ce jour-là, une super journée. Donc, je n'ai pas pu marquer le point de retour avant le lendemain. Et comme je l'ai dit, je pense qu'à la fin de cette journée, j'étais presque dernier, je suis passé d'une position assez solide à une position très, très faible. Et après, c'était juste une progression à la traîne. Ouais. À partir de là,
c'était quelque chose d'autre à regarder, vous savez, on est un groupe de nous qui est là à envoyer des messages sur Facebook, enfin, pour
pour l'équipe, pour moi, je sais que c'était clairement, enfin, c'était vraiment évident qu'on avait appris lors de la course de 2015 qu'il se passe énormément de choses et qu'il faut rester optimiste. On ne peut pas se focaliser sur : « Oh mon Dieu, il reste mille kilomètres à parcourir ». Vous savez, « Oh mon Dieu, je n'ai fait que le deuxième point de virage ». C'était le jour... ou en fait, je n'y suis pas arrivé avant le quatrième jour. Euh, vous ne pouvez pas penser comme ça. Il faut juste se dire : « OK, regarde tout ce que j'ai parcouru. Regarde ce qu'on a fait. Regarde comme c'est incroyable. » Il faut rester optimiste parce que, vous savez, il peut vraiment se passer des choses et on peut faire de gros coups. Euh, mais, et d'autres personnes font des erreurs. Des gens se prennent des murs comme ils l'ont fait sur cette course. Des gens se blessent, vous savez, des gens sont éliminés, vous savez, donc c'est une longue course et il faut avoir ce mental.
Mais c'était le jour où, c'est sûr, on s'est dit : « Bon, mes chances de podium sont finies », ce qu'on espérait vraiment. Et donc, on a dû vraiment changer toute notre stratégie mentale à partir de ce moment-là. Genre : « Hé, soyez prudents, amusez-vous, chargez, allez aussi vite que vous pouvez » et les choses finiront par arriver. Et elles sont arrivées, vous savez, j'ai fini par remonter, mais c'était dur. Juste mentalement, essayer de réaliser que « Oh purée, tout cet entraînement et toute cette préparation... » et qu'il n'y avait aucun moyen, je veux dire, d'atteindre le top 10 à ce stade, ça semblait vraiment peu probable. En ce qui concerne les autres moments, j'ai eu d'autres journées qui étaient physiquement juste... frénétiques, comme le jour où on est arrivés à Guard, je crois que c'était 17 000 pieds verticaux de montée, juste pour atteindre Guard.
Et une fois que j'ai traversé le lac, tu sais, c'était en plein milieu de la journée, une chaleur de dingue. Je transpirais à grosses gouttes. Je n'ai jamais... enfin, mon aile était trempée. Ma sellette était trempée. Ça, tu sais, ça dégoulinait, enfin pas vraiment, ça pleuvait sur mon t-shirt, mon short... c'était génial, tu sais, mais bon, et je me suis envolé, j'ai traversé le lac à nouveau, j'ai atterri dans les arbres, j'ai marché encore 20 ou 25 kilomètres, j'ai fait encore 2000 mètres. Je veux dire, physiquement, c'était une journée ridicule, mais c'était aussi vraiment fun. Je crois qu'il y a eu quatre ou cinq vols ce jour-là et une belle soirée de détente. Et,
Kevin, c'était ton premier atterrissage dans les arbres dont je me souviens ? Ouais,
c'était, c'était le premier. Ouais. C'était assez drôle de voler dans ce Canyon. C'était un peu la route que la plupart d'entre eux avaient prise. Ce que je n'ai pas fait, c'est juste après avoir quitté Guard, en fait, je décollais dans les nuages et c'était juste des nuages orographiques. Ce n'était pas le genre de nuages pour lesquels ils se plaignent quand tu voles dedans, mais j'y suis allé direct à travers le lac plutôt que, tu sais, la plupart des gars étaient partis vers le Nord pour prendre de la hauteur et ont ensuite traversé le lac pour en gagner un peu plus. Mais en jugeant à l'œil et en sachant à quel point il y avait de vent vers le bas du lac, j'ai senti que je pouvais juste sortir sur le lac, tourner sous le vent et m'engouffrer dans ce Canyon avec assez de hauteur pour passer. Mais comme tu l'as vu dans la vidéo, quand je suis entré là-dedans, j'étais juste au bas de la vallée, au fond du Canyon. Et quand je suis entré, je savais que je n'avais pas la hauteur pour atteindre le bout du lac.
Je m'apprêtais à atterrir dans le lac si, vous savez, donc ma seule option était de m'y engouffrer. Et dès que je suis entré là-dedans, je me suis dit, ouh là, il y avait un tas de vent qui descendait du Canyon. Ça venait des deux côtés, et c'était tout de suite genre, d'accord, il y avait cette petite route, vous la voyez dans la vidéo. Il y avait des motards assis sur une bécane là-bas, mais ce qu'on ne voit pas vraiment, c'est qu'il y a des lignes téléphoniques. Donc c'était impossible. Il n'y avait aucun moyen de juste se poser là-dedans. Et quand je me suis dirigé vers ces motards et que j'ai réalisé, genre, ouais, je n'ai aucune chance. Je dois passer sous les arbres. Et, vous savez, j'étais assez, assez déterminé à juste trouver un endroit qui serait sûr. Et, vous savez, c'était un magnifique voile, mais non, je n'avais jamais atterri dans les arbres.
Ce que je n'ai pas vu, c'est ce mur. Euh, bien sûr, en descendant à travers les arbres, je me suis dit : « Purée, je suis content de ne pas avoir tapé ce mur. » Mais ouais, je veux dire, ça avait certainement l'air plus, plus risqué que ça ne l'était. C'était vraiment marrant après coup, je suis remonté sur la route assez vite et j'ai commencé à monter, et, tu sais, j'ai rejoint Ben et Bruce peu après. Et, tu sais, l'adrénaline est en train de monter et tu as envie de raconter ton histoire, et Bruce n'en voulait absolument pas. Il était genre : « Ok, voilà où tu vas aller. Voici le prochain décollage. » J'étais comme : « Mon Dieu, mec, je viens de me poser dans un arbre. On ne devrait pas en parler un peu ? » Il a dit : « Tu dois y aller. » Donc ouais, c'était, euh, ouais, mais non, je ne me suis jamais posé dans un arbre. Tu sais, il y en a qui l'ont fait, et d'autres qui le feront.
Et voilà, tu as coché cette case. C'était quoi, donc, c'était ça la journée difficile. Et c'était quoi, c'était quoi l'une des journées les plus faciles, ou est-ce qu'il y en a eu une ?
Eh bien, je ne dirais pas que c'était une journée facile, mais c'était sans aucun doute la plus gratifiante. Et c'est ça qui est difficile avec le suivi en direct : on ne voit pas le ciel, on ne voit pas tout ce qui se passe. Mais quand on est arrivés au point de virage d'Ashout, j'ai passé une journée magnifique. C'était le cinquième ou sixième jour, j'ai volé depuis pratiquement Gerlitz jusqu'au point de virage d'Ashout, juste au-dessus du glacier du Grossglockner. J'ai fait un direct sur Facebook pendant un moment. Je veux dire, c'était facile, génial, j'étais bien en avance, j'ai vraiment bien volé, et je suis passé devant pas mal de gars ce jour-là.
C'était une grosse journée pour nous. On a atteint le point de virage d'Ashout, on s'est regroupés et on a fait un petit vol sympa en soirée à travers la rivière pour se diriger vers le point de virage de Laramie. C'était un point de décision vraiment intéressant. Tous ceux qui étaient devant nous, donc Tom Dorlado et Michael Gerlach, et je pense que Jesse était juste là ce jour-là. Il y avait genre sept, huit ou neuf gars et on était tous un peu agglutinés, et j'étais à la queue du peloton, mais de justesse. Et ils ont tous pris la vallée de l'Inn. Donc la route vers Innsbruck, et le bulletin météo qu'on recevait de notre gars pour le lendemain était pratiquement infaisable : 40 km/h de vent de face, aucune force thermique, presque 100 % de nuages. Alors on essayait de décider : d'accord, si on prend la vallée de l'Inn, ce que tout le monde a fait, on peut pratiquement voler dans l'abri et il y avait une chance d'avoir un vol si on allait par là, mais c'était 25 km de distance supplémentaire au sol.
Et, et, c'est juste... c'est assez nul d'aller par là. Il y a beaucoup d'espace aérien autour d'Innsbruck. Il n'y a pas beaucoup de décollages. Je ne sais pas, ma réaction instinctive était que c'était la mauvaise décision. Il a même appelé Tom Dorlido avant de décoller ce jour-là ou cette nuit. Et il a dit genre : « Hé mec, est-ce que tu as envisagé d'aller au Nord ? Je pense que c'est le bon choix. » Et il a répondu : « Nan, tous ces gars vont par là. Je pense que je vais aller par là. » Et, et Bruce était... on était tous un peu hésitants et je pensais vraiment à ça depuis Ashout en me disant : « Oh mon Dieu, même si c'est 40 km de vent de face. Et c'est beaucoup de vent de face, tu sais, ça va être dur à voler, mais c'est un peu comme le truc de Chrigel. Je veux, je veux prendre ce risque parce que si on ne peut pas voler, c'est 100 km au sol. » Et, et à ce stade, tu sais, ce ne serait tout simplement pas la façon de rattraper le retard.
Alors je me suis dit, mec, il faut, c'est le moment de jouer le jeu maintenant, on s'en fout. On est à la traîne, faut faire quelque chose. Du coup, je ne me suis pas vraiment décidé avant d'être en l'air. J'ai commencé à voler. Et Ben était avec moi, il volait juste derrière. Et il n'y avait aucune thermique. C'était vraiment la fin de la journée. On était genre à 20h40, tu vois, il faut être au sol à 21h. Alors j'ai pris la décision en l'air, genre non, je vais prendre la route du Nord, ce qui est un chemin plus facile et plus court, mais ça nous donnait aussi l'option. S'il y avait du vent du Nord, tu vois, en d'autres termes, quand les vents de Bavière commencent à souffler, ce qu'ils font presque tous les jours, ça signifiait que même s'il n'y avait pas de thermiques, on pourrait peut-être faire un peu de crête et progresser.
Et c'était aussi une façon pour moi, je sais vraiment que j'ai déjà beaucoup volé là-bas. Alors j'ai décidé à la dernière minute d'y aller, ce qui était vraiment risqué, mais bon, je pense que ça signifiait surtout qu'en volant dans leLee de la vallée de l'End où tout le monde est allé, on éliminait cette option. Je pense que Bruce était genre, non, non, non, non, mais peu importe, pour une raison ou une autre, ça me semblait juste juste. Et Jesse m'a suivi. Il est donc allé par là aussi. Ce soir-là, il a campé avec moi dans le même petit parking. Et le lendemain, il a décollé avec moi d'un endroit assez similaire. Il s'est un peu perdu. Il était devant moi, mais il s'est perdu. J'ai décollé en premier, il était derrière moi avec peut-être une demi-heure de retard et ça soufflait à mort. Juste 40, exactement ce que prévoyait la météo.
C'est bien 40 km/h pile, c'est assez dingue. Mais je suis resté sur ma lancée. Je n'ai fait qu'environ 10 km, mais j'ai gardé le plan et Jesse a plongé vers là où tout le monde était allé. Et il n'a pratiquement pas bougé le reste de la journée. Enfin, aucun d'eux n'a bougé, ils marchaient juste. Et bon, de toute façon, j'ai fait ce vol de 10 km. Et quand j'ai atterri, je me suis dit : « Mec, je ne pense pas qu'il y ait autant de vent. Le vent semble avoir diminué, genre, les gars, trouvez-moi un autre point de décollage. » Parce que s'il y a 40 km/h, ça ne sert à rien de dépenser toute cette énergie pour monter. Vous ne ferez au mieux qu'un vol de 10 km. C'est plus ou moins comme ça que ça marche ?
Je vais juste vous interrompre un instant. Ouais. Donc, vous volez, vous atterrissez et vous évaluez immédiatement les conditions avant de contacter l'équipe. Genre : « Hé, je n'ai pas une vue d'ensemble sur tout ça, c'est quoi la suite ? » C'est comme ça que ça se passe ? Ouais.
Ouais, carrément. Alors, en gros, Ben est mon gars au sol et Bruce est mon gars en l'air. Et Bruce est constamment en contact avec notre météo. En plus, il fait sa propre météo. Ils travaillent tous les deux très étroitement sur Google Earth pour essayer de trouver des décollages. On en a sélectionné beaucoup à l'avance, mais bon, on ne peut jamais prédire tous les endroits où on va se trouver. Donc ouais, ils compilent autant de données que possible. Comme ça, je peux bouger constamment, donc même si je ne suis pas en contact avec eux, on aura tout planifié avant que je décolle. Genre, si tu vas ici, voici ce que tu fais. Si tu arrives là, voici ce que tu fais. Voilà, on a couvert toutes ces options. Donc en gros, je prépare mon matos, je prends la route et je fais confiance au fait qu'ils vont m'amener au bon endroit, que ce soit à pied ou pour atteindre un autre décollage.
Et donc, à ce moment-là, je me dis : « Oh, je vais faire ça ». Il était encore assez tôt dans la journée. Il y avait pas mal de soleil, mais on aurait dit que le vent faiblissait. On aurait dit que le vent allait être moins fort que ce qu'ils annonçaient. Alors on a pris une décision collective : « amène-moi vers un autre décollage ». Quand je suis arrivé là-bas, le vent était assez de travers, mais ce n'était pas trop fort et il y avait vraiment beaucoup de nuages, presque à 100 %. Et je me suis dit : « OK, peut-être que je vais sortir 8 ou 10 000 mètres avec ça ». Je n'avais pas de grandes attentes, mais on a quand même réussi à décoller ; c'était quand même plus rapide que de rester au sol à marcher. Rester sur les plaines, vous savez, les plaines bavaroises et allemandes. Et donc j'ai décollé et j'ai volé 35 000 mètres. C'était, c'était un vrai miracle. Je veux dire, ce n'est rien, mais dans une journée pareille, je n'aurais pas pu marcher.
dedans.
Ouais. Enfin, la moitié du temps, je voyais le van en dessous de moi. Je ne prenais pas de la hauteur la moitié du temps. J'ai eu l'un des plus gros ratés de ma vie. C'était un peu rude, mais ce n'était pas si risqué. Il n'y avait pas de soleil. Enfin, littéralement aucun. Je ne sais pas d'où venaient ces thermiques, mais c'était comme s'il y avait toujours une autre montée. Je me disais : « Oh, je vais atterrir. Non. Je ne vais pas atterrir. Je vais avoir une autre montée. » Et on pouvait faire du ridge soar à certains endroits, c'était vraiment patient, vraiment sympa. La moitié du temps, il pleuvait légèrement, mais ce n'était jamais dangereux. Et je recevais des SMS, genre Crescia était au sol, en Suisse, et à un moment je suis passé au-dessus de lui et il m'a envoyé un message en disant : « Mec, c'est un move de dingue. C'était génial. » Mais en fait, ce n'était pas si dingue que ça.
Tout le monde au sol pensait que c'était inflyable, moi y compris. Mais ce n'était pas le cas, c'était plutôt flyable. Alors encore une fois, c'est une question de risque. Après avoir atterri, j'ai encore fait route avec Ben à travers ce marécage infesté d'insectes, une zone terrible, et on a décollé à nouveau. On a presque atteint Garmisch, on était assez proches de Garmisch sur ce vol, et puis on a encore fait route. Et cette fois, on a fait une énorme... enfin, ça a fini par marcher, mais c'était l'une des rares fois où les gars ont complètement foiré. En utilisant Google Earth, ils pensaient que je pourrais décoller au sommet de ce télésiège. C'est comme la toute petite station de ski juste au-dessus de Garmisch. Et c'était vraiment raide, un travail vraiment dur pour monter là-haut. Je suis arrivé et c'était complètement plat, entouré d'arbres. Il n'y avait aucun endroit pour décoller.
Et c'est le genre de moment où je me dis, mon Dieu, j'aurais aimé avoir ça en vidéo ou que les gens puissent voir ça, parce que je me suis juste retrouvé à tourner en rond. Je ne trouvais aucun point de décollage. Et là, j'allais juste finir en traîneau. C'était la fin de la journée, vous savez, juste pour faire quelques kilomètres de plus, et j'ai fini par descendre à pied sous ce télésiège. Il n'y avait nulle part où aller. C'était juste des arbres partout. Je...
Je me souviens avoir vu ça. C'est genre, qu'est-ce qu'il fait ? Il descend la montagne à pied ? Non mais sérieux, mec,
voler. Oh mon Dieu. Vous auriez dû voir cet endroit. C'est juste, c'est un crime que je n'aie pas eu de caméra pour ça parce que j'ai enfin réussi à descendre jusqu'à ce petit coin. Et à un moment donné de l'histoire, ils avaient défriché cette minuscule piste de décollage, mais c'était, c'était pas comme pour dire, c'est dur à décrire. C'est basiquement plat. Donc pour sortir de là, j'ai fini par juste partir. Même mon matos et tout marcher pour essayer de juger à l'œil si je pouvais vraiment m'envoler de cet endroit. Mais en gros, je devais décoller sur cette toute petite colline, prendre un virage immédiat à 90 degrés vers la gauche. Et là, je volerais peut-être à cinq ou dix pieds du sol en passant à travers ces arbres qui étaient presque plats. Et puis prendre un autre, il y avait un petit fossé. Si ça ne marchait pas, je pouvais abandonner juste là.
Et puis, si ça ne marchait pas, je pouvais prendre un autre virage serré à droite à 90 degrés. Et là, je pouvais voir cette petite ouverture qui devait être à peu près à la même hauteur. Si j'arrivais à passer avec la largeur de l'aile, si je passais à travers, alors il semblait que je pourrais faire la glisse au-dessus de ces arbres qui faisaient genre cent pieds de haut. C'était juste genre, d'accord, je pense que je peux le faire. Je pense que ça va marcher. Alors je suis reparti vers mon matériel et je me suis allongé. Et pendant ce temps, ils m'appellent sans arrêt. Ils sont genre, mec, qu'est-ce que tu fais ? Tu vois, et j'ai juste ignoré ça. Bref, j'ai fait un lancement vers l'avant parce qu'il n'y avait aucun vent du tout. Je veux dire, tu sais, j'étais pratiquement au ras des arbres et, et ça a marché. C'était juste... C'est le truc le plus cool. Ce genre de trucs est tellement fun, tu vois ce que je veux dire ? Au final, on a probablement perdu du temps, je serais allé plus loin si j'étais resté sur la route et que j'avais marché, mais c'est, c'est toujours plus fun de voler.
Et donc, bref, cette nuit-là, on a presque atteint le point de virage de Laramie. Le lendemain matin, j'ai fait un petit vol et j'ai atteint le point de virage de Laramie. Et, vous savez, au lieu de marcher cent et quelques kilomètres, on n'a pas fini par marcher autant et on a fait un énorme bond. J'ai presque rattrapé Toma cette nuit-là. Et ça
c'était la course pour lui.
Et ouais, carrément, mon Dieu, ce gars se déplace vite au sol. C'est incroyable. Mais ouais, donc ça, tu sais, c'était l'un de ces moments où, mon Dieu, j'aimerais que les gens qui regardent la course puissent voir ce genre de choses. Parce que c'était juste magnifique. Ce genre d'expérience. C'était vraiment une super journée.
Alors, pendant que vous avancez, vous devez forcément gérer des problèmes assez complexes ensemble, comme quand voler ou non, d'où décoller, vous savez, et je suis sûr qu'à un moment donné, tout le monde finit par s'énerver les uns les autres, mais vous avez dit que vous vous êtes beaucoup amusés pendant la course. Quels ont été les moments les plus drôles pendant la course ?
Oh là là. C'est, c'est vraiment difficile à dire parce qu'on n'interagit pas beaucoup avec les autres équipes, mais j'ai l'impression qu'on a quelque chose de vraiment spécial avec notre équipe parce qu'on n'a jamais arrêté de rire. Je veux dire, il y a des moments où c'est super intense, c'est sûr. Enfin, vous savez, le dernier jour, il y avait clairement de la pression avec le Canadien derrière nous, parce que ce gars va vite. Il est incroyablement tenace. Je veux dire, je n'ai pas réussi à me débarrasser de lui pendant toute la course. Et, et, enfin, je veux dire, la nuit d'avant — c'est terrible à avouer, mais je dois le faire parce que je dois lui rendre hommage — mais la nuit d'avant, vous savez, lui et moi, et le pôle ont eu une journée assez chargée et j'ai choisi une route différente vers la Sandrio Valley du côté nord.
Ils étaient du côté sud. À un moment donné, j'ai pris une grosse rafale de vent, j'ai atterri sur le sommet et j'ai été horrifié d'apprendre qu'ils allaient s'écraser. Ils étaient tous les deux devant moi. Je n'arrivais pas à le croire. J'avais, enfin, je volais bien et je pensais que notre itinéraire était vraiment solide. Et, enfin, Bruce m'a dit : « Bon, ils ne te déchirent pas, mais ils sont tous les deux devant toi. » Et, donc, c'était juste une journée magnifique. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais une partie de tout ça est dans la vidéo que j'ai postée, c'était juste, enfin, c'était impressionnant. C'était magnifique. C'était fun. C'était du bon pilotage. À un moment donné, j'ai atterri sur le sommet et j'ai dû décoller d'une falaise qui tombait droit sur 2000 pieds. Il s'est passé des trucs vraiment cools ce jour-là. Mais au final, je me disais : « Je vais m'écraser. » Et au final, j'ai atterri 2000 pieds devant lui. C'est juste un pilote tenace. Il a gratté pendant une éternité. Et s'il avait su que j'allais passer juste derrière lui, il aurait probablement dû juste atterrir et marcher.
Il m'aurait eu, mais il a scratché, scratché et scratché pendant une éternité. Et moi, je n'ai pas essayé de scratcher du tout. Je regardais juste le tracking en direct quand j'étais en l'air et je me suis dit : « Ah, je l'ai eu ». Et j'ai atterri genre 2 km devant lui, ce qui est normalement une marge suffisante. Tout ce qu'il faut faire, c'est garder le tracking en direct et s'assurer de rester devant eux. Vous savez, il n'y avait qu'une seule façon pour lui et moi d'y aller le lendemain, ça semblait totalement inflyable. Alors je ne sais pas si à un moment donné, mais je pensais qu'il allait juste marcher vite, comme on le fait d'habitude, mais c'était très clair dès que j'ai touché le sol et que j'étais à 2 km devant lui. Et puis quand il a arrêté de voler et a rangé son matos, il courait. Je veux dire, je peux dire qu'il était au trot. Et comme je l'ai dit, je ne peux pas courir. Mes genoux sont foutus.
Alors je me suis dit : je peux marcher très vite indéfiniment, mais je ne suis pas un coureur. Et donc, j'ai commencé à courir et, tu sais, deux heures plus tard, il était toujours en train de trotter. Il courait toujours. Je ne lui prenais aucune avance. Et donc, je lui ai envoyé un SMS en disant : « Hé mec, je ne sais pas si le 14 et le 15 comptent vraiment. Pourquoi on ne se met pas d'accord, un gentleman's agreement ? Je ne vais pas, tu sais, je ne vais pas te laisser me rattraper, mais je vais rester devant toi. Mais est-ce que ça compte si on a 5 ou 10 km d'avance, on ne va rattraper personne. Allez, marchons et passons un bon moment. La course se termine demain à 11h et, tu sais, s'il te plaît, arrête de courir. » Et il m'a répondu : « Si tu me laisses te rattraper, je prends une bière avec toi. » Mais non, c'est une course.
Bien. Oh, bien pour lui. C'était
vraiment cool. Et je lui ai même répondu : « Bordel, va te faire voir ! » Et, euh, mais après j'y ai repensé et je me suis dit : « Ouais, bien joué. Trop cool, mec. C'est génial. » Il a mis la pression. Je veux dire, j'ai couru cette nuit-là jusqu'à 22h30, jusqu'à l'arrêt. Et puis le matin, enfin, c'était littéralement comme être sur une ligne de départ à cinq heures du matin, on était prêts à partir. Ouais. Et, euh, comme prévu, il a couru et on a commencé à monter au-dessus du col de Domodossola et, tu sais, c'était vraiment évident qu'on l'avait. Et, euh, et puis, tu sais, la seule chose qui pouvait être risquée, c'était s'il essayait de s'envoler, parce que, comme je l'ai dit, il y avait beaucoup de vent de face, mais il faisait beau. Ça avait l'air faisable et il y avait des endroits pour le lancer, tu sais, on n'arrêtait pas de demander à Bruce et Ben : « Vous êtes prêts ? Vous êtes sûrs qu'il ne va pas essayer de le lancer ? »
T'es sûr ? T'es sûr qu'on ne devrait pas aller au décollage ? Et ils me disent : « Nan, t'as gagné. T'as gagné. Tu sais, c'est beaucoup trop risqué. Il va peut-être essayer parce qu'il doit, il ne va pas te rattraper par terre. Il doit tenter quelque chose, mais t'inquiète, t'as gagné. » Et puis il l'a fait, il est monté, tu sais, il a quitté la route et a commencé à monter vers un décollage et putain, on était nerveux. C'était genre : « Oh mon Dieu, si ça marche et qu'il décolle au-dessus de nous au signal, ça va être tellement déprimant. » Mais au final, tu sais, ils avaient totalement raison. Mais il y a eu des moments comme ça qui étaient assez sérieux. Mais pour la plupart, tu sais, chaque fois que Ben me conduit en voiture, il klaxonne, il me fait un doigt d'honneur, tu sais, et ça a l'air dur, mais c'est hilarant. C'est genre, on n'arrête jamais de rigoler. Et je pense que c'est assez précieux, c'est vraiment dur pour ton équipe de soutien, c'est un métier vraiment difficile.
Vous pouvez les imaginer, ils ne dorment pas. Il y a énormément de choses à faire. Il y a une tonne de logistique, mais vous savez, l'expérience de la course de 2015 a vraiment aidé. Du coup, ces gars étaient super serrés cette fois. Ils étaient totalement dedans. Et je veux dire, par rapport à la course de 2015, on a eu besoin de pages après la course pour noter toutes les erreurs qu'on avait commises et, vous savez, juste pour essayer de corriger ça pour cette fois. Et juste parce qu'on était des débutants, on ne savait pas. Bien sûr. Et, cette fois, vous savez, vraiment les erreurs qu'on a faites, il y avait celle du début, vous savez, avec le pass de nuit qui aurait pu nous profiter. Je ne sais même pas si c'était une erreur. Et puis, vous savez, moi qui me suis planté. Et encore, c'est juste du parapente. C'est ce qui arrive. Vous voyez ce que je veux dire ? À part ça, ils étaient incroyablement serrés et je ne peux pas isoler un moment qui était plus hystérique qu'un autre, mais je vous promets, on n'a jamais arrêté de rire, en partie parce qu'ils se lancent des piques en permanence et ils m'en lancent un tas, c'est ça notre résolution de conflits.
Tu sais, il faut avoir un plan pour gérer les conflits, mais je vois beaucoup d'autres équipes qui, je ne sais pas, d'une certaine manière, je pense qu'elles le prennent trop au sérieux. Si tu le prends vraiment trop au sérieux, ça s'accumule et tu ne peux pas, tu sais, si tu commences à rejeter la faute sur les autres ou, tu sais, cette dynamique est bien plus importante et bien plus... C'est drôle, tu sais, on pourrait penser que la course, les enseignements à en tirer, c'est le vol, la beauté, être dans les Alpes et tout ça est génial. Mais pour moi, c'est l'équipe, c'est, euh, tu sais, c'est ça pour lequel on pleure tous à la fin. Ce n'est pas, ce n'est pas le fait de réussir ou, tu sais, même d'être en bonne santé ou n'importe laquelle de ces choses-là.
C'est juste que, mec, vous êtes mes meilleurs amis et je n'arrive pas à croire que c'est fini. C'est déprimant que ce soit fini parce que vous n'êtes plus avec eux. C'est ça qui fait mal à la fin. Ce n'est pas vraiment la fin de la course. C'est ce lien, ce que vous créez pendant ce temps-là et la confiance que vous accordez à ces gars, et ce que vous traversez, c'est, je n'ai jamais fait la guerre, mais ça doit être similaire. Ouais.
Je veux dire, Sebastian Younger en parle et ouais, c'était certainement des conditions difficiles avec des mecs ou des filles coriaces, et c'était un super moment. C'était pendant, euh, cette course ou la dernière où ils vous ont donné de la pâtée pour chat à la fin ?
C'est la dernière ? Ils l'ont encore fait cette fois, mais à ce stade, c'était une blague un peu lassante. Mais ouais, la dernière, c'était une soirée de dingue. C'était la nuit où j'ai fait mon premier passage de nuit. Il y avait une rivière qui descendait sur la route et des courants descendants, je veux dire, on n'aurait pas pu avoir une pire journée. J'ai dû faire mon passage de nuit et c'était juste la pire météo, vers 22h30 cette nuit-là. Il pleuvait vraiment fort et j'ai appelé l'équipe en disant : « Les gars, faut que vous reveniez ici, mec. Je dois monter dans le van et juste attendre que ça passe. C'est n'importe quoi. » Et donc ils sont revenus, j'ai sauté dans le van et il y avait cette fille qui était juste, vous savez, une fan de la course qui m'avait suivi sur son VTT. On discutait depuis quelques heures et elle était fascinée par la course. Du coup, elle est montée dans le van aussi, juste pour se mettre à l'abri de la pluie. Et, vous voyez.
J'ai changé toutes mes affaires et j'étais un peu grincheux, vous savez, fatigué et j'avais mal aux pieds. Et, euh, du coup je me suis dit : « Hé, tu sais, Bruce, je peux avoir un peu à manger ? » Parce que c'est Bruce qui fait toute la cuisine, il est super bon en cuisine. Et Bruce, je peux avoir un peu à manger ? « Ouais, pas de problème, Gavin. » Ils ont sorti ça, c'était bizarre. Je savais que quelque chose se tramait parce qu'ils avaient mis, vous savez, ils avaient fait ça proprement, genre « voici la fourchette et la serviette », comme un vrai dressage de table, vous savez, on n'a pas le temps pour ça. Et puis, et puis c'était juste une boîte de, de, de Whiskers, de la pâtée pour chat.
Et la fille était genre : « C'est quoi ce bordel ? » Je savais ce qui se passait. Et Ben m'a dit : « Arrête de faire la mauviette. Sors par la porte. » C'était classique. Donc, je veux dire, juste le fait que tout ça soit prévu à l'avance, comme savoir qu'à un moment donné, j'allais être un connard et que c'était comme ça qu'ils allaient désamorcer la situation. C'est un conflit
de résolution. C'est une bonne façon de faire. Carrément. Carrément. C'était génial. Donc, à chaque course, on dirait, ou pour chaque pilote du programme XL, il y a eu des moments assez flippants. Est-ce qu'il y a eu quelque chose cette fois qui a vraiment marqué, genre, wow, c'était vraiment terrifiant ?
Pas vraiment, non. Et c'était un peu la même chose lors de la première édition. Vous savez, lors de la première, il y a eu un jour où, en fait, je devrais être mort. Ouais. Je me suis fait prendre sur le côté sous le vent de vents très forts, genre 60 miles à l'heure, et des brises de vallée. Et vous savez, à un moment donné, ma vitesse verticale était de moins 20, enfin, c'était juste de la terreur, de l'air terrifiant, et j'ai eu de la chance sur ce coup-là. Donc, je ne devrais pas avoir dit... alors, la première, c'était intéressant à la fin de la course, lors de la première, vous savez, assis à Monaco ce soir-là avec, je crois que c'était Paul Guschlbauer et Ferdinand, Aaron Durogati, et quelques autres. Et tout le monde avait une histoire assez terrifiante, vous savez, et ça m'a vraiment fait réfléchir parce que l'euphorie d'être là avait un peu occulté cette expérience.
Et peut-être quelques autres. C'était un peu stressant, mais pour la plupart, même dans cette course, même avec cette expérience, j'ai eu l'impression que ça pouvait arriver normalement, en vol normal. Ça fait juste partie du jeu auquel on joue. Et ce n'était pas, je pense que ce qui est différent avec le X-Alps, c'est que vous entrez dans un état d'esprit où, après avoir fait l'entraînement et avoir confiance en cet entraînement, vous entrez dans un état d'esprit où vous pouvez gérer des choses bien au-delà du loisir. Vous pouvez gérer le vol récréatif, mais vous pouvez le gérer en toute sécurité. Et je ne me suis jamais vraiment senti, dans cette course, je ne me suis jamais senti vraiment en danger. Il y a eu certainement beaucoup de jours qui ont un peu dégénéré où on se dit : « Mec, si je n'étais pas dans cette course, j'atterrirais maintenant. »
Alors que j'ai poussé pendant peut-être 20 minutes de plus ou quelque chose comme ça. Donc, vous savez, juger quand le front de Gus va frapper et quand l'orage va commencer, c'est impossible. Et donc, c'est juste un jeu. Ça ne va pas s'arrêter. Enfin, si vous continuez à faire ça encore et encore, et je suis sûr que beaucoup de gens dans cette course ont vécu ça, mais pour la plupart, comme le jour où on arrivait à Girl, écoutez, vous savez, ça était complètement en train d'exploser, le vol commençait à devenir beaucoup trop facile. Il y avait de la portance partout. On pouvait voir de grandes zones de pluie tout autour de moi, dans toutes les directions. Et quand j'ai traversé, j'ai volé au-dessus de la vallée de Girl, et ça a commencé à devenir vraiment sombre. Et, vous savez, j'ai atterri à côté de cette toute petite maison et, vous savez, 10 minutes après mon atterrissage, il pleuvait pas mal.
C'était assez proche, mais le vent n'était pas encore tombé, donc il y avait des trucs comme ça, mais le truc le plus risqué que j'ai fait n'était pas vraiment effrayant. C'était presque hystérique par certains côtés, mais il y avait un autre décollage. J'étais là-haut avec Ben. On montait dans la vallée, je ne me rappelle plus du nom. On se dirigeait vers Timels Yacht et on se regroupait pour essayer de trouver un spot, c'était vraiment instable et on savait que ça allait empirer. Plus tard dans la journée, on avait une fenêtre de vol très étroite. Et en fait, j'étais déjà monté sur cette ligne de crête en 2015 pour m'entraîner, mais j'étais allé bien plus haut. On essayait de trouver un décollage qui n'était pas si haut pour que je puisse quitter la colline rapidement. Et il n'y avait rien, il n'y avait aucun passage, juste d'énormes arbres hauts. On a trouvé un endroit qui avait l'air d'avoir été un peu exploité pour le bois à un moment donné.
Il y avait encore de gros arbres, mais il y avait de grands espaces entre eux et cette petite sorte de rampe, et c'était complètement couvert de petites brindilles. Alors, vous voyez, et à la fin de la rampe, il y avait une falaise de 3 mètres et puis, en gros, juste des arbres, et mais l'angle de ce truc faisait qu'il n'y avait pas d'air qui remontait, vous voyez, on était un peu bloqués. Donc pour décoller, j'avais pratiquement une seule chance. Pour sortir de là, vous voyez, j'étais pratiquement debout juste au sommet de la falaise, à un pas du bord, et c'était seulement une falaise de 3 mètres. Je veux dire, je ne serais pas mort si je n'avais pas décollé, mais ça aurait été vraiment moche et l'aile aurait été déchirée, ça n'aurait pas été propre. Alors d'abord, on a essayé de dégager toutes ces branches.
Donc ça ne risquait pas de se coincer dans mes lignes, ça a pris une éternité parce qu'il y en avait des millions. Et juste au moment où j'allais tirer vers le haut, en gros, si je réussissais à quitter la falaise, je devais incliner à droite à 90 degrés puis immédiatement à gauche pour éviter ces deux arbres, mais ça avait l'air tout à fait faisable. Ça n'avait pas l'air si grave. Et, euh, mais juste avant de tirer vers le haut, j'ai changé d'avis et je me suis dit : non, parce que je voulais faire une marche arrière pour m'assurer qu'il n'y avait pas de brindilles dans mes lignes. Mais si c'était une marche arrière, sans vent ascendant avec une falaise de 3 mètres, ça n'avait pas l'air que ça allait marcher. Et donc, tu sais, Ben est là, il tient l'aile et, euh, à la dernière seconde, juste avant qu'on soit prêts à y aller, je me suis glissé dessous et j'ai juste tiré et fait une marche avant. Et on avait convenu qu'il ne dirait rien à moins qu'il n'y ait un problème majeur avec l'aile.
Et genre, tu sais, une grosse branche, tu vois, dans un truc. Alors tout ce que j'ai entendu de sa part, c'est « t'es un putain de dingue » pendant que je me suis lancé dans le vide, j'ai viré à droite à 90 degrés et ça a marché, tu sais, c'était tout à fait normal, mais, euh, et ce n'était pas si flippant en fait, comme je l'ai dit, mais c'est ce que j'aime dans cette course : ça te met dans des positions de dingue et, euh, et c'est juste marrant. Ton cerveau commence à fonctionner différemment. Je veux dire, peut-être que certains des autres gars fonctionnent comme ça tout le temps. Mais pour moi, c'est un peu dans la montée en pression avant la course, tu vois, tu rentres dans cette zone où tu te dis que tu gères, que tout va marcher et que tu vas aller bien. Et, tu sais, je n'ai pas toujours ça quand je vole, la plupart du temps, enfin pas la plupart, mais souvent je ne l'ai pas du tout, tu vois, quand tu te dis genre « Ooh, je ne sais pas, ça ne me semble pas juste ».
Ou alors, mec, c'est vraiment intense aujourd'hui. Ou, tu sais, il y a des moments où tu as ce genre de vraie détermination, genre, "ouais, envoie. Ouais, c'est rude, mais on y va." Et il y a des moments où tu te dis, "c'est dur et ça fait peur. Je n'aime pas ça." Et pour une raison quelconque avec cette course, c'est comme si tu étais clairement plus dans ce mode où tu te dis, "ouais, je gère. C'est cool."
Ça soulève une question. C'est une chose que je vous ai entendue dire à quelques reprises, c'est le mantra « je gère ». Est-ce que c'était quelque chose auquel vous avez pensé spécifiquement pour cette course, comme une sorte de schéma de pensée par défaut que vous alliez adopter, ou est-ce que vous pensez que c'est la course qui a provoqué ça et que vous n'étiez pas super conscient de la façon dont vous gériez l'aspect mental ?
Je pense les deux, tant en 2015 que pour cette course en juin, le mois avant, j'ai traversé une période de flottement où c'était plus effrayant que le concept de Bill Belcourt sur le fait de rester zen, vous voyez, le fait qu'il faille être super calme. Je veux dire, j'ai toujours cru que pour le parapente, pour ne pas se blesser, pour rester en sécurité, il faut être vraiment fort mentalement. Il faut vraiment avoir confiance en soi. Et je suis naturellement quelqu'un de confiant, mais il y a des moments où ces baisses de régime arrivent, vous savez, peut-être après un vol vraiment effrayant ou une erreur évitée de justesse, et pendant la course de 2015, j'ai eu une semaine où je volais dans le sud de la France, sur la ligne vers Monaco, et c'est vraiment risqué là-bas.
En général, personne ne vole là-bas, sauf pour cette course. Et vous, vous gérez une tonne de turbulences, beaucoup de lignes à haute tension et très peu d'endroits où atterrir dans certaines zones. Ça pourrait être, ça pourrait être assez flippant là-bas. Et je me suis enchaîné les vols, c'était vraiment stressant. Et j'ai commencé à me dire : « Mais qu'est-ce que je fais ? » Il n'y a pas de... et ça vide aussi beaucoup d'énergie mentale, vous voyez ? C'est comme si, sans vous en rendre compte, votre cerveau se fatiguait. On pense à la course comme à un événement physique majeur, mais je pense qu'une grande partie, c'est juste... vous devez dormir. Vous devez récupérer. Vous devez reposer votre cerveau. Avant la course dont je parle, pendant la course, c'est assez... c'est gros, c'est assez délicat de tout gérer, mais vous savez, comme Chrigel en a parlé, il y a des moments où c'est vraiment intense et où vous devez être hyper concentré.
Et donc quand ce n'est pas le cas, il faut être vraiment concentré sur le fait de ne pas être concentré. Vous savez, il faut, il faut laisser votre cerveau se reposer. Il faut se détendre. Il faut lâcher prise. Il faut profiter, il faut regarder autour de soi, il faut rire, vous savez, c'est tout cet aspect du fait de ne pas être si sérieux. Alors, oui. Enfin bref. Et puis lors de l'événement 2015-2017, j'ai traversé une période de creux où je me suis dit : "Putain, mec, ce n'est pas l'état d'esprit dont j'ai besoin pour cette course." Je pense que c'était une combinaison de, vous savez, juste aller se coucher en se disant : "Demain, je ne serai pas comme ça, demain je vais tout donner." Et, et aussi, je pense que c'est le cycle naturel du parapente. Vous savez, il y a des jours où on est juste beaucoup plus confiant. Il y a des jours où on peut donner plus facilement et il y a des jours où, euh, vous savez, quand c'est vraiment difficile, piquant et intense, que vous adorez ça et que vous vous dites : "Ouais, allez, donne tout."
Je gère ça. Et, vous savez, vous avez confiance en votre aile et en votre entraînement, et il y a des jours où vous vous dites : « Ouais, je vais, je vais, je vais atterrir. » Je me dis : « Ça ne marche pas pour moi. » Vous savez, dans les X ops, dans les deux courses, je n'ai jamais eu ça. Je veux dire, je n'ai jamais eu l'impression de me dire : « Oh mon Dieu, je dois atterrir. » C'était toujours genre : « Ouais, vas-y, tape-moi. Envoie. »
ça. Je veux dire, il y a une pression importante et un objectif vraiment clair. Ce genre de choses aide vraiment à, euh, garder l'esprit droit pour, pour accomplir quelque chose.
Ouais. Je pense qu'il serait intéressant de discuter avec les gars qui ont décollé ce jour-là dans le canyon aussi. Parce que je n'ai jamais vu un vol aussi risqué. Et puis, quand j'ai pris de l'altitude, j'étais sorti du canyon, donc au moins j'avais des endroits où atterrir, mais c'était terriblement mauvais et voler dans les turbulences est toujours vraiment effrayant. Je veux dire, il y a d'énormes trous dans l'air, on vole en plein rotor, et ce n'est pas agréable. Mais ce serait intéressant de leur parler parce que quelques-uns d'entre eux ont juste réduit la puissance en plein vol, ils ont juste spiralé jusqu'au sol et ont recommencé à marcher. C'était clairement au-delà de leurs marges de sécurité habituelles, de ce avec quoi ils étaient à l'aise. Ouais.
Alors, une question de plus qui est assez spécifique à cette course. Ensuite, je veux parler de la préparation que vous avez faite avant, et peut-être de ce que vous pensez après l'un des points que Chrigel a soulevés dans votre conversation avec lui, à savoir comment il a choisi son aile, et la sécurité par rapport à la performance avec ça en tête. Genre, comment vous voyez le choix de l'aile en général, est-ce que ça a changé votre façon de voir votre aile ?
Ouais, c'est vraiment intéressant. Ça n'a pas changé ma façon de voir les choses. Je trouve ça assez surprenant et, évidemment, il a gagné. Et j'ai aussi apprécié, enfin, je n'ai pas apprécié que personne ne soit dans le top 4 sur une deux lignes, ça m'a aussi vraiment surpris. Donc, pour moi, c'était plus un facteur lors de la course de 2015 où, vous savez, le premier jour de la course de 2015, on a eu une météo géniale et une vraiment bonne journée de vol. Et j'étais le seul dans la course sur une deux lignes lors de l'événement de 2015 que je connaisse, en tout cas. Vous savez, le Zeno, le Zed Alps. Je n'étais pas là à l'époque, ils n'avaient pas le Zeno. Et je veux dire, je pense que tout le monde était sur une trois lignes, sauf moi.
J'étais sur le Peak 7, pardon, j'étais sur l'Ice Peak 7 en 2015. Donc une aile de poids normal, ce qui était pénible à cause du poids supplémentaire. Mais, vous savez, j'ai vraiment pu voir ce jour-là que j'avais une aile plus performante et ça m'a vraiment aidé. Et la réalité, c'est que je ne suis pas aussi bon pilote que Chrigel, Gaspar et certains de ces gars qui font beaucoup plus de compétitions et qui ont beaucoup plus d'années d'expérience. Donc, pour moi, c'était juste une décision que j'avais prise parce que j'ai tellement volé cette aile. Et c'est l'aile que je vole dans la Vallée, qui est juste plus rude que n'importe quoi dans les Alpes. Donc pour moi, c'était juste le bon choix. Ensuite, vous savez, je pense que pour cette course, j'ai utilisé la Climber, mais il y avait, vous savez, je pense qu'il y avait beaucoup de gars sur la Zed Alps sur la Zeno, la Zeno légère, dans cette course.
Et Chrigel les a tous battus. Alors, je pense que dans cette course, la performance était moins un facteur parce que la météo était tellement mauvaise. Il était simplement préférable d'être sur une aile plus sûre et plus facile à piloter de toute façon. Mais oui, j'ai trouvé ce qu'il a dit vraiment intéressant parce qu'il n'y a probablement aucun pilote au monde plus à l'aise sur une deux lignes. Donc il tient clairement quelque chose, c'est évident. Je dois probablement repenser ma stratégie là-dessus. Si je suis assez stupide pour refaire ça, enfin, oui. Je ça, je l'ai trouvé vraiment fascinant et je vais faire un suivi avec lui là-dessus dans notre discussion bonus. Ouais.
Peut-être que la prochaine fois, tu seras sur le crochet pour, ouais, c'est ça. C'est marrant. OK. Passons aux trucs avant et après l'entraînement. Ton entraînement physique était évidemment complet. Ça semblait assez similaire à l'année précédente, mais on a aussi l'impression que ça s'est répercuté sur la course, dans le sens où l'année précédant la course ou il y a deux ans, tu faisais quelque chose de différent pour l'entraînement en vol. Tu peux nous en dire un peu plus sur l'entraînement en vol spécifique que tu as fait pour cette course et si tu penses que ça en valait la peine, ou si tu aurais dû en faire plus d'un ou de l'autre ?
Ouais. Alors, j'ai été un peu limité cette année parce que j'ai eu un accident de VTT en septembre dernier. Donc, en gros il y a un an, et une chirurgie vraiment importante, une opération de la coiffe des rotateurs et tout ça, le 4 octobre. On commence officiellement mon entraînement physique le 1er octobre. Ça nous donne, tu sais, neuf mois et quelques jours avant la course de cette année. L'entraînement physique était très similaire à ce qu'on avait fait. On a dû composer avec l'épaule, donc au lieu de faire énormément de ski de randonnée en novembre et décembre, j'ai passé énormément de temps sur un stairmill. Ça a surtout voulu dire que mon entraînement était beaucoup plus ennuyeux, mais ouais, Ben organise tout l'entraînement physique et il déchire. Et, tu sais, de ce côté-là, on s'est sentis vraiment forts. On a beaucoup changé au niveau de l'alimentation, on en parlera ici, et des compléments alimentaires et tout ça, ça a vraiment bien fonctionné cette fois-ci.
Mais pour ce qui est du vol, à cause de cette opération, je n'ai pratiquement pas pu recommencer à voler avant mars. Du coup, j'ai raté mes projets pour le Brésil, la Colombie et le Mexique cet hiver, et j'ai dû tout annuler. Je suis donc arrivé sur la saison beaucoup plus rouillé. Je pense même qu'en ce moment même, je n'ai que 150 heures cette année, ce qui est bien en dessous de ma moyenne. Et bien en dessous de ce que je voulais vraiment avoir avant la course. Alors, à quel point est-ce que ça m'a affecté ? C'est difficile à dire, je me sentais plutôt prêt pendant la course, mais il y a certainement eu des erreurs en l'air et les heures ne se rattrapent pas. Donc, c'est sûr, j'étais probablement un peu à la traîne là-dessus.
Ce que j'ai fait, très spécifiquement cette fois-ci, et que je n'avais pas assez fait en 2015. C'était simplement parce que ce que j'ai appris lors de la course de 2015, c'est à quel point le maniement au sol est important. J'y ai toujours mis l'accent. Enfin, je sais à quel point c'est important, mais pendant la course, on décolle et on atterrit dans des endroits vraiment délicats. Alors j'ai essayé de mettre beaucoup d'emphase sur le maniement au sol. Et j'ai aussi essayé de faire pas mal plus d'entraînement en acro. Et si j'avais pu faire quoi que ce soit de plus, j'aurais fait beaucoup plus d'entraînement en acro. C'est assez délicat pour nous là où on est. On n'a pas d'eau. Donc tout l'entraînement en acro que j'ai fait était avec Cody Mittanck, et on l'a fait au-dessus du désert. Et maintenant, il a changé de philosophie à ce sujet.
Il n'aime pas vraiment ça. On le fait sur de la terre. Donc on le faisait d'une manière où on avait l'impression que c'était assez sûr, mais ce n'est quand même pas très sûr. Donc avant, si je le refais en 2019, ce sur quoi je me concentrerais le plus, ce serait encore plus d'entraînement acro. Et vous l'avez vu avec Pal Takats, vous savez, c'est juste une légende de l'acro. Je pense que dans cette course, plus vous avez de compétences en contrôle d'aile, plus de SIV, plus d'acro et plus de maniement au sol, je pense que c'est bien plus important que le temps passé en l'air.
Hein ? Donc c'est une autre question que j'allais te poser : il y a plein de types d'athlètes de parapente dans cette course. Il y a des coureurs de Coupe du monde, des aventuriers, des pilotes d'acro et des athlètes d'endurance. On dirait que tu dis que les gars qui ont peut-être le plus d'avantages seraient les gars d'acro. Si tu devais le refaire, est-ce que c'est là que tu te concentrerais ou est-ce que tu ajouterais plus d'expérience en compétition dans ton répertoire ?
Je veux dire, idéalement, on fait tout. On a le modèle à suivre, qui est Chrigel, et il est l'un des meilleurs dans tous ces domaines. C'était surprenant pour moi d'apprendre qu'il a l'impression de ne pas être un très bon grimpeur par rapport à certains des meilleurs pilotes de la Coupe du monde. Mais bon, ce n'est pas censé être une attaque contre qui que ce soit, mais on pourrait regarder certains des vrais prétendants et analyser leurs points forts et peut-être leurs faiblesses, comme quelqu'un comme Aaron Durogati, par exemple. Il a été champion du monde deux fois au cours des cinq dernières années. Je veux dire, c'est la seule personne à avoir fait ça. Il a gagné la Superfinal deux fois. Il est jeune. Il est incroyablement fort.
Il est incroyablement en forme. Je pense que la course de 2013 était la première fois qu'il avait volé plus de 200 km en une journée. Donc, je veux dire, c'est l'un des meilleurs, certainement. Ouais. Certainement l'un des meilleurs pilotes, probablement même meilleur que Chrigel maintenant en termes de World Cup. Mais bon, Chrigel le bat quand même assez facilement et il l'a fait les trois dernières fois. Et donc, et puis tu as quelqu'un comme Pal Takats qui l'a eu plus récemment. Il a fait le X-Ops en 2009, je crois aussi. Donc, je veux dire, il a toujours été un pilote cross country, mais il est, tu sais, il est de loin le meilleur pilote acro de nous tous dans cette course, de loin. Et, et, et, et, et, et, et, et, et, et, et, et, et, et, et, et il est aussi devenu un pilote XC vraiment solide, mais ce que tu pouvais voir, il s'est concentré sur la course ces deux dernières années, il a fait beaucoup de courses et beaucoup plus de vols en bivouac.
Et je veux dire, il est clair que sa préparation pour ça, je pense qu'il m'a même dit que son entraînement physique n'était pas si intense. Il était vraiment plus concentré sur le fait de devenir un très bon pilote cross country. Et pour lui, c'était le côté compétition. Et Chrigel a mentionné ça quand j'ai parlé avec lui, je lui ai demandé : « Qu'est-ce que tu as que les autres n'ont pas ? » Et une partie, c'était son attitude et la philosophie de la scramble. Et clairement, une grande partie, c'est l'entraînement, tu sais, juste voler dans des conditions absurdes. Donc il peut gérer ça en course, mais il a fait tout ça. Il a été l'un des premiers à faire l'infinity. Il a gagné les championnats du monde trois fois. Je n'arrête pas de dire championnats du monde et c'est... il a gagné la Coupe du monde trois fois. Il y a deux choses différentes, mais tu sais, il a, c'est un peu tout ça à la fois.
Genre Paul Guescher Bauer, il est troisième maintenant deux ou peut-être trois fois et puis neuvième lors de ses quatre événements. Je veux dire, il cartonne, il prend de très bonnes décisions et il est très fort, très rapide au sol, très rapide en montagne, mais il a très peu d'expérience en compétition. Donc, je pense que pour chacun d'entre nous, on doit se dégager du temps pour travailler nos points faibles. Pour quelqu'un comme Aaron Durogati, je suggérerais qu'il doive faire plus de vols en bivouac et qu'il essaie de faire plus de vols longs et importants, et qu'il lâche la barre pour voler plus lentement, revenir aux montées et faire des trucs que vous ne feriez jamais en compétition, genre en Coupe du monde, où tout est une question de vitesse, de vitesse, de vitesse et de courte durée.
Et ce n'est pas très... enfin, c'est très rare qu'une Coupe du monde dure plus de deux heures et demie ou trois heures, vous voyez ? Donc, il doit apprendre à voler pendant 10, 11 ou 12 heures. Parce que c'est ça, le génie de Kriegel : il peut rester en l'air toute la journée.
Ça soulève ce point. C'est presque comme si on passait à côté de certaines parties importantes, ou d'une partie importante, et c'est la prise de décision. On dirait que c'est une part énorme de la réussite de l'événement. Est-ce que tu as trouvé un moyen, ou est-ce que tu as pensé à une façon de s'entraîner à prendre de grandes décisions avant de commencer à cette époque ?
Ouais. Donc, concrètement, ce sur quoi j'ai vraiment travaillé spécifiquement, c'était quand on a analysé notre événement de 2015 et qu'on l'a consigné après la course. Les erreurs qui revenaient encore et encore, c'était Gavin qui se crashait, ou Gavin qui volait trop vite, ou Gavin qui manquait de patience, tu vois, parce que j'ai plutôt une mentalité de course et que je n'ai pas la même expérience de la Coupe du Monde que beaucoup de gars dans la course, mais tu sais, j'ai piloté l'X-Alps comme si c'était une Coupe du Monde. Et quand tu regardes les gars qui réussissent vraiment bien, tu te rends compte que lent, c'est rapide. Tout est question de rester en l'air et de faire un atterrissage au décollage quand il y a un peu trop de nuages et d'attendre que ça passe.
Et, vous savez, on fait pratiquement atterrissage au décollage tout le temps, ou on fait des remontées en arrivant au sommet. Et ce sont des choses que je ne fais pas naturellement très bien. Et on le voit. C'est un peu une chose américaine. C'est assez drôle. On le voit en compétition et on est juste des pilotes impatients. Et donc cette année, quand je suis allé en Europe, et même avant ça, quand j'étais de retour à Sun Valley, on a eu un printemps assez bon pour voler. Toute ma philosophie était simplement de voler doucement. Et chaque fois que j'avais un doute sur quelque chose, sur la météo ou peut-être trop de cirrus ou le vent ou n'importe quoi, je faisais un atterrissage au décollage au lieu de, vous savez, essayer de tenir et de finir par rater la course et devoir remonter à pied ; je faisais un atterrissage au décollage et j'attendais que ça passe.
Alors, je pense que de ce point de vue, la clé, c'est de reconnaître quand c'est bon et de mettre les gaz pour voler vraiment vite. Vous voyez, ils sont aussi trop lents. Mais je pense que je n'ai rien fait pour répondre à votre question. Je n'ai rien fait de spécifique sur le plan mental à cet égard, comme pour me préparer à être déterminé, têtu ou vraiment solide mentalement. Par contre, ce que j'ai fait, c'est d'essayer de vraiment changer ma façon de piloter. Et je pense que ça a vraiment payé. Je pense que ça a vraiment fonctionné.
Intéressant. Ouais. Je veux dire, c'est un peu un sujet abstrait. C'est vraiment dur à exposer. Passons à des trucs plus concrets. Donc, l'entraînement physique était le même. Est-ce qu'il y a eu des changements au niveau de la préparation, de la nutrition ? Tu as parlé de compléments alimentaires, de la météo, de gadgets techniques, genre un truc que tu as trouvé cette fois et en te disant : « Oh, ça a vraiment servi, je vais l'intégrer dans mes prochaines courses ou mes prochains vols. » Est-ce qu'il y a eu des différences ? Qu'est-ce que tu as appris ?
Ouais, c'était vraiment cool. Donc, en gros, lors de l'événement de 2015, j'ai eu beaucoup de problèmes de gonflements, euh, la nuit et j'ai eu beaucoup de mal à dormir. Je me réveillais et j'étais juste dans un lac. C'était pas comme si c'était mouillé, tu vois, je me réveillais littéralement dans un lac d'eau juste à cause de la transpiration. Et mes pieds ont gonflé, euh, ce qui voulait dire que mes pieds ne rentraient plus dans aucune de mes chaussures, ce qui a causé des ampoules vraiment, vraiment, vraiment graves. Tu vois, et en gros, quand on a regardé ça à la fin, c'était genre, bah, je ne vais pas pouvoir faire ça. Alors, purée, j'ai juste vécu à base de pâteux pendant 10 jours et des tonnes de Coke et, tu sais, juste des glucides, en gros juste du sucre, du Coca-Cola, pas de la cocaïne. Ouais. Du Coca-Cola. Ouais. C'est bien de préciser ça. Ouais. Donc, je veux dire, c'était juste, tu sais, j'ai tendance à bien manger, mais ce n'était pas, tu sais, je ne mangeais pas comme ça pendant l'entraînement.
Et d'un coup, on était en pleine course et, vous savez, le rythme cardiaque était tellement élevé la plupart du temps qu'il était difficile de manger de la vraie nourriture. C'est ça. Et, évidemment, il y avait de grosses chutes. Ouais. On essayait de prendre un gros petit-déjeuner, mais entre les deux, c'était juste de la survie au sucre. Donc c'était le premier point qu'on a attaqué. Je suis allé voir un gars à Pocatello qui travaille avec beaucoup d'athlètes olympiques et on a fait des tests en laboratoire massifs. Des tonnes et tonnes de prises de sang, et sa spécialité, c'est les hormones. Mais en gros, on est partis sur cette idée de me rendre beaucoup plus adapté aux graisses et d'utiliser beaucoup plus de protéines. Ouais. Beaucoup plus de gras et, vous savez, les glucides ont toujours leur place dans une course comme ça, c'est sûr. Mais la grande différence, c'est qu'en ultra-trail, vous savez, pendant 20 heures, 16 heures, 24 heures, peu importe, vous avez besoin de tout ce que vous voulez.
Si tu as fait l'entraînement, tu vois ce que je veux dire ? Tu as juste besoin de calories et de sucre, et tu peux faire ça avec du Coca-Cola, de la pâte et tout ce genre de trucs, parce que ça va finir par s'arrêter. Mais notre philosophie pour cette fois, avec 10 ou 12 jours — c'était 12 jours — c'était essentiellement une heure par jour sur 12 jours. Tu sais, il faut juste y réfléchir : « Oh, ce n'est pas comme ça qu'on mangerait si on vivait normalement ». Alors, on a vraiment essayé de viser, la plupart des jours, entre 6 000 et 8 000 calories. C'est assez difficile à reconstituer, mais ce qu'on a vraiment essayé de faire dès le début de l'entraînement, c'était de me rendre beaucoup plus adapté aux graisses. Donc, des trucs comme l'huile MCT et juste beaucoup de graisses et beaucoup de protéines. Et puis, pendant la course, on m'a mis sur ça.
Certains des suppléments qu'on a utilisés étaient juste incroyables. L'un des trucs que j'ai obtenus du médecin à Pocatello, c'étaient ces bâtons de magnésium. C'est comme des sticks de déodorant. C'est essentiellement du magnésium pur. Il y en a plusieurs différents. Il y en a un avant de commencer et un autre pendant que tu avances. Tu vois, c'est pratiquement impossible de maintenir des niveaux de magnésium élevés quand tu travailles aussi dur. Donc, c'était juste un moyen d'apporter du magnésium dans mon corps immédiatement par la peau plutôt que de prendre des pilules. Comme ça, ton estomac n'avait pas à le digérer. C'était énorme. Utiliser ceux de Peter Defty, c'était énorme aussi. Ce sont comme des boissons, des mélanges à boire que tu envoies juste comme ça. Et on en prenait trois ou quatre par jour. En gros, pendant toutes mes grosses montées, et c'est un mélange qui est essentiellement composé de gras, fait à partir de guêpes, et c'est délicieux.
Et j'ai juste remarqué une énorme différence. Il y a comme la petite pâte...
des sachets et c'est, c'est plus d'eau que de pâte, c'est sûr. Ou un peu liquide. Ouais. Ouais. Ouais.
Je veux dire, les goos, tu sais, ils demandent beaucoup d'eau pour être digérés. Et donc, ils travaillent contre toi quand il s'agit d'hydratation. Alors le Vespa, j'avais presque l'impression que ce truc, c'était de la triche. Donc, c'était super. On a utilisé beaucoup de trucs de chez Onnit, juste, tu sais, de l'huile de foie de morue, de l'huile pour les articulations et de l'huile MCT. Et, tu sais, je m'en suis gavé. Ils ont ce truc qui s'appelle Total Primate Care. Il y a un sachet pour le matin et un pour le soir. Et c'est juste du bon truc. Du varech, de l'huile de morue et des trucs pour les articulations. Tu sais, j'ai remarqué que depuis que je prends ça depuis environ un an, je n'ai pas eu de rhume, donc ce genre de trucs m'a vraiment aidé. Alors que lors de la dernière course, je prenais de l'Advil comme si c'était des bananes.
Vous savez, je vivais à base d'Advil, genre quatre ou cinq par jour, matin, midi et soir. Pas
pas bon pour l'organisme.
Pas bon pour le système. Parce que l'œdème était tellement grave que ce qu'on a découvert, c'est qu'il était en train de massacrer mon foie. Et ça entraînait, ça aidait en fait le... cette fois, je n'avais aucun œdème du tout. Je dormais comme un bébé chaque nuit. Mes pieds n'ont pas gonflé. Euh, vous savez, c'était juste clair, on a plutôt assuré là-dessus. Une amélioration significative. Vraiment significative. Le sommeil. J'ai super bien dormi. J'ai travaillé avec Ian Dunican, avec qui vous m'avez mis en relation. Je fais d'ailleurs un podcast avec lui sur le sommeil. Ça a été vraiment utile. Euh, ouais. Je veux dire, je pense que l'une des énormes choses que j'ai vues, l'une des différences massives entre la course de 2017 et celle de 2015, c'était la préparation des équipes. Quand j'y suis allé, vous savez, on passe une semaine là-bas, à Fuscial, au camp avant que la course ne commence.
Et quand je suis arrivé en 2015, vous savez, presque tout de suite, je me suis dit que la moitié de ces gens n'étaient pas préparés. On pouvait le voir juste en regardant leur corps, vous savez, genre, d'accord, je sais que tous ces gars sont bons, ce sont de bons pilotes, mais je les ai pratiquement écartés tous à la moitié dès le début. Je me suis juste dit qu'ils allaient craquer, vous savez, au jour 5, 6, 7, 8, 9, on allait voir des gens lâcher. Et c'est exactement ce qui s'est passé. Et cette fois, je me suis dit, merde, ces gars sont en forme. Je veux dire, c'était un tout autre niveau. Les gens sont vraiment... et c'était intéressant de parler à Chrigel avant la course. J'ai dîné avec lui un soir et, vous savez, il parlait de 2009, même 2011, vous savez, c'était juste lui et Thomas, ils pouvaient gérer. Juste tous les deux. Et il a fait la remarque que c'était vraiment plus une course d'aventure.
À l'époque, les gens bougeaient beaucoup plus lentement et, vous savez, on attendait cinq minutes, une heure pour que votre pote vous rattrape. C'était plus comme une course de randonnée à travers les Alpes. Alors qu'aujourd'hui, ça devient vraiment rapide. Vous avez ces gars qui sont des ultra-traileurs et qui sont aussi de très bons pilotes, ils prennent ça très au sérieux et les gens s'entraînent dur. Du coup, vous savez, aborder cette édition était en fait assez intimidant. Vous avez tous ces jeunes gars qui avaient l'air vraiment en forme, et on pouvait voir dès le prologue à quel point ils étaient rapides. Alors oui, c'est assez intéressant. Il y a un énorme écart d'âge maintenant et, vous savez, étant l'un des plus vieux de loin, à 45 ans,
45 ans. D'accord. Est-ce qu'il y avait quelqu'un de plus âgé ?
Ouais. Les deux gars, Claudio, le gars argentin, je ne sais pas, peut-être que je...
je ne sais pas. C'est peut-être moi. Ouais. Et une bande de gars. C'était, qui est le plus jeune ? Tu sais, de Nelson à Freeman.
était le plus jeune en 2015, je crois, mais tous ces gars sont plutôt jeunes. Nelson Stanislav, euh, Benoit est jeune. Je ne sais pas. Je pense qu'il a 28 ans là. Il doit y avoir, il m'en manque quelques-uns ici, mais je pense qu'il y en a quelques-uns qui ont genre la vingtaine.
la vingtaine. D'accord. Donc, face à 45 ans, c'est une différence significative en termes de préparation physique. Mais j'ai eu l'impression que, j'ai eu l'impression que tu gérais, qu'il n'y avait pas de gros problème à tenir la cadence au sol.
Non, non, j'ai été vraiment assez surpris à la fin, tu sais, Red Bull garde des statistiques et il faut être un peu méfiant avec celles-là parce que, tu sais, tout dépend de l'appareil qu'ils nous donnent pour nous suivre avec précision. Tu sais, quand ça indique qu'on a volé mille kilomètres, ça compte tous les cercles, tous les virages, alors que dans une base de données comme X contest, ça ne compte pas du tout. Donc ce n'est pas vraiment comme ça qu'on compte le vol, mais pour ce qui est du sol, je pense qu'ils sont assez précis. Et quand il a regardé les stats à la fin, j'étais assez rapide. Donc oui, c'est intéressant. Tu sais, Toma est vraiment le seul gars qui court de manière constante et il fait genre du jogging, mais il peut le faire toute la journée. Tu vois ce que je veux dire ? Il peut vraiment se déplacer vite au sol.
Ce qui était génial, c'est que j'étais plus fort à la fin, vous voyez, je ne me suis pas ralenti au fil des jours, j'ai été plus rapide et je me suis senti mieux, et c'était différent de 2015, et en plus, c'était plus dur cette année. Je veux dire, on a passé beaucoup plus de temps au sol, donc ça m'encourage. Vous savez, c'était encourageant à la fin de la course de se dire, je pense que c'est ça qui est cool avec le parapente, ce n'est pas forcément un sport pour les jeunes, et on le voit dans les résultats. On le voit clairement dans les résultats de la Coupe du monde. Donc, si je décidais de le refaire — on ne va pas prendre cette décision avant un an, mais si je décidais de le refaire, je pense que mon corps pourrait en supporter un autre.
C'est encourageant. Ouais. Ça fait du bien. Ça soulève une question. Je veux dire, vous avez plein de gens qui écoutent ce podcast. Je sais que chaque fois que j'entends votre nom mentionné, les gars parlent de l'X-Alps. Je suppose que vous allez inspirer beaucoup de gens à aller sur le terrain pour faire cette course ou des courses similaires. Si ces gars ou ces filles venaient vous voir pour demander des conseils, quels conseils leur donneriez-vous en général pour ces courses de type X-Alps, X-Peer ou quoi que ce soit ?
Je ne connais rien de mieux à faire de son temps. Donc, ça en vaut la peine. Très bien. Vous savez, quand j'ai commencé à regarder le X-Alps, quand j'étais un pilote très novice, je crois que le premier que j'ai vu était en 2007. Je me suis dit que c'était le truc le plus cool que j'aie jamais vu. Je veux dire, c'est bien plus cool qu'un ultra-thon. Ça dure plusieurs jours. C'est risqué. Ça a tous les éléments de la pure folie. Et donc, je ne savais pas. Je ne pouvais même pas imaginer à l'époque que des gens puissent le faire. Ça m'a juste bluffé. Et donc, quelques années plus tard, j'ai commencé à voler beaucoup plus et ça a commencé à être comme, "Mon Dieu, je me demande si je pourrais faire ça". Alors, je dirais aux gens qui, si vous y pensez sérieusement, la première chose, c'est que ça va prendre beaucoup de temps, vous voyez ?
Alors, si vous n'avez pas beaucoup de temps, je ne le recommanderais pas. C'est juste trop dangereux. Il faut vraiment avoir les heures de vol. Mais si vous avez le temps, et que vous vous dites : « Mon Dieu, je me demande si je pourrais le faire », je vous dirais de tenter le coup. La moitié du défi, c'est d'être sélectionné. Ce n'est pas une mince affaire d'intégrer cette course. Et il faut se rappeler que c'est pour Red Bull. C'est un événement marketing. Il y a les journalistes, les caméras, l'hélicoptère et tout le reste. Je pense que nous, les athlètes, on trouve ça super agaçant, mais ils sont obligés de le faire. Et on est contents qu'ils le fassent parce que ça veut dire qu'on a un événement à faire. Mais il faut vraiment y réfléchir, à la manière dont vous allez réussir à être sélectionnés.
Parce que, vous savez, soit vous avez un nom, soit vous avez des résultats. Ils ne vous prendront pas si vous n'êtes pas un athlète de montagne chevronné ; pas forcément en parapente, mais ils veulent s'assurer que vous savez naviguer et évoluer en terrain isolé. Même si c'est les Alpes, ce n'est pas isolé comme nous l'entendons, mais on peut se retrouver dans des endroits terribles dans les Alpes et en mourir. Donc, oui, y accéder est la première chose que je ferais. Ben veut faire l'X-Peer l'été prochain, donc je l'entraîne en ce moment. Parce que je serais son supporter. Ce serait plutôt sympa, vous savez, d'inverser les rôles ; Ben est probablement un pilote de 150 heures au mieux, donc il a bien moins d'heures que les gars qui vont gagner cette compétition.
Et donc, tu sais, il n'aborde pas ça avec l'idée qu'il va finir dans le top cinq, mais il veut être en sécurité et s'amuser, tu vois ? C'est par là que je commencerais. Est-ce que c'est, tu sais, le Borns to Fly ou l'Expert ou le X-Alps, une course beaucoup, beaucoup plus facile d'accès. Ça te donne quelque chose sur quoi te concentrer. Ça te donne quelque chose pour lequel t'entraîner. Et l'entraînement que je fais avec lui est pratiquement le même que celui que je ferais pour le X-Alps. Donc une fois que tu as géré l'admission, c'est essentiellement beaucoup de ce dont on a parlé, tu sais, dans le podcast sur le maniement au sol, donc son programme d'entraînement hebdomadaire. Il gère tout le côté physique. Je ne fais pas ça, mais du point de vue du vol, c'est, tu sais, écoute le podcast de Chrigel, regarde des vidéos de maniement au sol, pratique le maniement au sol autant que possible, surtout quand la météo n'est pas très bonne, tu vois, en d'autres termes, quand le maniement au sol est délicat, et puis, tu sais, il faut que tu le maîtrises, que tu deviennes un Jedi avec ton aile au sol.
C'est l'étape numéro un. Et ensuite, tu fais autant de SIV que possible. Et puis, en gros, tu veux voler avec beaucoup de détermination, comme si chaque vol était un vol d'entraînement. C'est quelque chose qu'on aborde encore et encore dans le podcast avec d'autres invités, mais tu ne voles pas juste pour le plaisir, tu fais des choses qui ont un but. Tu fais des atterrissages au décollage. Tu essaies de voler quand les conditions sont faibles. Tu essaies de prolonger tes vols. Tu utilises tes instruments, tu prépares des itinéraires, tu prépares des manches, tu voles des manches, tu sais, et si tu as le temps, tu vas en compétition. Tu apprends bien plus en compétition qu'à la maison. Donc, plus tu peux en faire, mieux c'est, ça va t'apprendre à voler vite, ce qui est vraiment important.
Ça va aussi t'apprendre à changer de vitesse, ce qui est super important. Donc, tu sais, ralentir quand la journée ne tourne pas, passer du mode survie au mode course plus vite que les autres, des trucs comme l'atterrissage au décollage, dans une course d'aventure, il faut que ce soit maîtrisé et c'est vraiment dangereux. Et ça prend beaucoup de temps. Donc, on ne va pas être là où j'aimerais qu'il soit d'ici juillet prochain pour ça, à cause de l'endroit où il habite, il vit à Albuquerque, pour le vol, tu n'as qu'un jour sur dix si tu as de la chance. Donc on n'aura pas les heures. On n'aura pas les endroits pour qu'il puisse faire des atterrissages au décollage. Ça veut dire que tu dois prendre des décisions différentes quand tu es en course. Tu ne peux pas juste faire des trucs de vol de mur. Ça veut dire qu'il va devoir voler jusqu'à la vallée, mettre ses chaussures et marcher beaucoup plus, tu vois ?
Il sait marcher. Il sait marcher. Ouais. Il sait se dépêcher. Il est rapide. Donc, ouais, je pense que c'est tout ça. Ce sont toutes les choses dont on parle dans l'émission, mais comme Pal Attack l'a dit, dans ces courses, parfois il faut être rapide et lent. Je pense que le plus important, c'est d'avoir la force mentale de ne pas se précipiter, d'être patient.
C'est difficile à faire. Au moins pour moi, c'est assez délicat. Ouais. Je veux dire, c'est pour ça que c'est si fascinant, parce que ça demande tellement de choses. Il faut être un bon gestionnaire de terrain, un bon acro. Un bon coureur, un bon mental, une bonne nutrition. Je veux dire, tout doit s'additionner pour que tu gagnes. Euh, ouais, c'est ça qui rend la chose fascinante. Donc,
Ouais. Et je pense que, enfin, le vrai luxe que j'ai, c'est le temps. Et beaucoup d'entre eux n'en ont pas, comme Nick Nanan qui a assuré cette année. Il a été super performant. Il n'a pas beaucoup volé dans les Alpes et il a un boulot à plein temps. Du coup, il est arrivé deux jours avant le prologue, il n'avait donc pas scouté le parcours, ce que Chrigel ne fait pas non plus, mais c'est différent. Chrigel a beaucoup volé dans les Alpes et il a très bien réussi. Donc il ne faut pas forcément suivre cette recette, mais c'est celle que je suggérerais. C'est juste agréable d'avoir le temps, c'est vraiment agréable, mais surtout pour l'entraînement physique, car dans la réalité de la course, la météo ne sera pas bonne tout le temps.
Et, vous savez, si vous pouvez encaisser les kilomètres au sol. Vous allez, vous allez faire bien mieux, et il n'y a pas vraiment d'autre moyen de faire ça à part s'entraîner, sauf si vous êtes juste en train de tout déchirer à Jornet et que vous êtes, vous savez, à ce niveau-là, vous voyez ? Ouais. C'est,
ce n'est pas la course. Mes deux dernières questions ne portent pas sur la compétition. Qu'est-ce qui arrive ensuite sur votre liste, si tant est qu'il y ait quelque chose ? On dirait que la décision pour le X-Alps est encore en suspens. Mais qu'est-ce d'autre est en préparation dont vous pouvez parler ?
Ouais. Eh bien, il y a huit jours, j'ai eu une petite fille, ouais, merci. C'était totalement imprévu et vraiment excitant. Donc, ouais, je suis papa, je suis dans cette nouvelle étape, et être père, c'est vraiment génial. Et donc, ouais, pour l'instant, ma façon d'aborder la prochaine course, c'est pour l'année prochaine. Je vais essayer de voler beaucoup. Je suis vraiment impatient de peut-être battre des records d'État et je suis impatient de voler dans de nouvelles zones. Je suis vraiment impatient de voler chez moi. Vous savez, Sun Valley est encore un endroit qu'on n'a pas exploré. Donc, j'aimerais être chez moi beaucoup plus souvent et voler autant que je le peux. Comme ça, si on décide de se lancer en juillet prochain, quand il faudra faire la demande, j'aurai au moins coché cette case.
Je n'ai pas à trop m'inquiéter du côté physique. Je vais continuer à faire ce que je fais d'habitude, mais sans grandes expéditions. La plus grosse, c'était l'Alaska l'année dernière. Et je me dis qu'en étant papa maintenant et en m'occupant de ce petit bout de chou, il serait difficile de partir pour un projet aussi énorme. Je n'ai donc aucune mission de cette envergure prévue pour cette année, mais j'en ai quelques-unes de prévues pour l'année prochaine, même si je ne peux pas encore en parler.
Ça change tes priorités d'avoir un petit bout de chou.
Ouais, carrément. Ce qui est plutôt excitant. Les gens n'arrêtent pas de me dire que c'est génial parce que ça veut probablement dire que je vais vivre un peu plus longtemps.
Peut-être. Peut-être que ça devrait te garder en vie. Ce serait un joli petit cadeau. C'est clair. Carrément.
Cool. Je pense que ça couvre la plupart des questions que j'avais pour les XC de 2017. Merci infiniment d'avoir pris le temps d'y répondre. C'est assez passionnant de revenir en arrière et de penser, pendant que tu parles, à ce qu'on voyait sur les écrans et, ouais, c'est super cool. Merci. Génial. Merci, Nick. J'apprécie. Merci pour ton temps, mec. C'était sympa.
J'espère que vous avez apprécié ça. Comme promis, on a un épisode spécial qui arrive la semaine prochaine. On aura un épisode spécial avec Chrigel Maurer. Désolé, je ne l'ai pas encore mis en ligne. Je travaille encore sur le montage et j'ai quelques questions de plus pour lui et, bien sûr, c'est difficile de le joindre parce qu'il est occupé, il a des enfants et beaucoup de choses à gérer là-bas. Ils viennent juste de finir la Coupe du monde à Decentis avec un temps terrible. Mais bref, on va mettre ça en ligne sous peu. Restez à l'écoute. Je pense que vous allez aimer et on se retrouve au prochain épisode. Salut.